Sasha Grey a 25 ans et vient tout juste de publier Juliette Society. Ex-atrice porno, elle a quitté cet univers à 23 ans. Elle se consacre à présent à la télé, la photographie, et le cinéma (elle a tourné dans The Gilfriend Experience de Soderbergh). Un livre qui, qu’on le veuille ou non, surfe sur la « tendance Fifty shades ». La littérature érotique a le vent en poupe, donc si vous avez dévoré Cinquante nuances de Grey et n’êtes toujours pas rassasié(e)s, penchez-vous sur Sasha Grey et sa Juliette Society.

sasha-grey-juliette-society

Le petit phénomène Sasha Grey

Je dois dire que j’ai rarement eu à critiquer un livre qui ait autant fait réagir mon entourage. Déposé sur la table du salon, il a été feuilleté, re-feuilleté, commenté… « Ah bon ? Mais c’est qui, Sasha Grey ? », « C’est quoi l’histoire ? », « C’est quoi la Juliette Society ? », « Elle s’appelle Grey comme Cinquante nuances de Grey ? », « Ah mais c’est pas une atrice porno, à la base ? »…

On a beaucoup entendu parler de Sasha Grey en France début octobre. Portaits dans la presse, passages dans de grosses émissions télé… Tandis que mes copains la connaissaient déjà (…) je découvrais cette jeune fille au passé d’actrice porno, qui a apparemment des tas de choses à dire et pleins d’autres centres d’intérêt. C’est aux éditions du Livre de Poche que Juliette Society a été traduit en exclusivité française. Une couverture sobre et efficace, un format un peu plus grand que le poche, bien choisi.

« Mais c’est quoi la Juliette Society ? »

Catherine est une jeune étudiante en cinéma qui vit en couple avec Jack, dont elle est très amoureuse. Lui travaille dans la politique et a malheureusement peu de temps à accorder à sa petite amie. Mais voilà, Catherine est de plus en plus frustrée. Elle fait des rêves érotiques dans lesquels elle fait l’amour avec Jack, mais pas seulement. L’un de ses professeurs, Marcus, nourrit également ses fantasmes, sans compter le mystère alimenté par Anne, une amie de classe. Elle a l’air de s’adonner à des activités assez excitantes. Elle fait partie d’un genre de société secrète du sexe, qui rassemblent les hommes les plus riches du monde, où chacun peut s’y donner à coeur joie quelle que soit sa situation personnelle. En couple, pas en couple, ici on s’en fiche. Chacun fait ce qu’il veut, avec qui il veut. Catherine va tenter l’aventure, aussi heureuse que déconcertée. Tout ça c’est bien joli, mais elle aime toujours Jack… Que faire ? Les deux amoureux tentent les week-ends romantiques pour se réconcilier, parce que Jack sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche, sans trop savoir comment tout arranger… Catherine va donc commencer une double vie, partagée entre sa vie rangée avec son petit ami, et la débauche, entraînée par Anna dans la Juliette Society…

« Et alors, c’est bien ? »

Disons que le roman de Sasha Grey tient sa promesse. Une histoire simple, des personnages assez peu développés, au service d’un roman ultra érotique dans lequel on trouve des scènes de sexe toutes les 2 pages. Les amateurs/amatrices du genre ne seront pas déçus. En matière d’identification aux personnages, rien de plus simple si c’est l’effet que l’on recherche. Catherine pourrait être n’importe quelle jeune-femme-au-petit-ami-sympa-mais-pas-franchement-rock-and-roll. Sasha Grey disait dans une interview qu’il n’y avait rien de pire qu’une scène de sexe mal écrite. Je ne saurais pas vous dire si elles sont réussies ou non. Disons qu’elles sont très précises, et répétitives. J’espère que Sasha Grey aura atteint son but au niveau de la qualité, car elle s’est beaucoup entraînée. Le début du roman plonge directement le lecteur dans le vif du sujet…

« On pourrait l’appeler le Club de Baise des 500 Plus Grandes Fortunes du Monde. La League des Niqueurs Immortels. La World-Touze. Ou le Groupe du Sexe. Ils l’appellent la Juliette Society. »

Voilà qui a le mérite d’être clair ! Concernant le style, Sasha Grey ne mâche pas ses mots, si je puis dire. Elle emploie les termes qu’elle a envie d’employer, sans se préoccuper de savoir si c’est pas un peu too much. On sent la plume naturelle. Le personnage parle à son lecteur, ce qui est plutôt une bonne idée. Elle se moque un peu d’elle-même aussi, ce qui donne un petit côté second degré au livre, qui n’est pas désagréable.

La tendance est à l’érotisme

Comme l’avait dit le Parisien : « 2013, année érotique« . La tendance inaugurée par la trilogie Cinquante nuances de Grey s’est confirmée tranquillement avec la publication de pas mal de livres du genre, parfois très subtilement différents… tel que 80 notes de jaune de Vina Jackson. Les éditions Harlequin ont créé cette année la collection Mosaïque, contenant des livres aux titres assez clairs, et certaines couvertures à la charte graphique noire, blanche et verte… qui nous en rappelle une autre… Du Cul, anthologie de textes érotiques parue au printemps, nous rappelle qu’à l’époque, Joyce, La Fontaine, s’adonnaient aussi à ce type d’écriture. Il existe même en France, comme aux Etats-Unis, des cours de littérature érotique, où l’on peut apprendre à écrire son propre texte érotique.

Bref, on ne pourra pas dire qu’il ne s’agit pas du business éditorial de l’année. Sasha Grey ne voit donc pas pourquoi elle ne surferait pas sur la vague. Après tout, elle a tout pour aller dans ce sens. Sans parler de son nom, même s’il s’agit d’un pseudo choisi depuis longtemps avant même qu’E. L. James ait commencé à écrire sa célèbre trilogie. Cela dit, c’est une heureuse coincidence.

« C’est une comparaison un peu idiote et je trouve absurde que l’on pense que je me suis inspirée de ce roman ! Mais si ça peut aider les gens à s’intéresser à Juliette Society, ça ne me dérange pas » (Sasha Grey en interview pour Métro)

sasha-grey

Le portait de Sasha Grey dans Libération, plutôt pas mal mené. Tiraillée entre son passé d’atrice porno et ses nouveaux projets éducatifs, artistiques, écologiques et littéraires, Sasha Grey semble avoir davantage à nous raconter que le kama-sutra.

juliette-society-keep-calm-and