Présenté à Cannes en sélection officielle, « Blood Ties » a laissé tiède la critique. Alors que le film débarque dans nos salles pour la Toussaint, est-ce que cet accueil était justifié?

Disons-le d’emblée : « Blood Ties » est un très bon moment passé en salles, qui ne va pas être de nature à ternir la carrière derrière la caméra de Canet. Rappelons qu’il s’agit donc d’une transposition américaine des « Liens du Sang » de Jacques Maillot, sorti il y a à peine cinq ans et où François Cluzet partageait l’affiche avec un certain…. Canet Guillaume. Ici, exit Lyon, direction le Brooklyn des années 1970. La trame reste la même : Chris (Clive Owen) sort de prison après avoir été libéré pour bonne conduite pour un règlement de comptes sanglant. Il n’a nulle part où aller, et commence une réinsertion difficile en tant que garagiste sous les yeux de son frère flic, Frank (Billy Crudup) qui accepte de lui donner une seconde chance. Pour insuffler de la fraîcheur à une intrigue déjà connue de 500 000 spectateurs, Canet s’est allié à un coscénariste de choix : James Gray. Même si c’est bien cette relation fraternelle qui tient le film, le champ est très élargi : on voit ainsi les conquêtes de Chris, Natalie, une employée de garage qui tient à distance son côté « bad boy » ; la relation de Frank avec Vanessa (Zoe Saldana), mère séparée de son concubin (Mathias Schonaerts) arrêté par le même Frank.

Chris (Clive Owen) et Monica (Marion Cotillard)

©MarsDistribution

Même si Canet ne joue pas à domicile, il se repose sur ses forces. Comme « Les Petits Mouchoirs » avant lui, « Blood Ties » est un film choral où chaque comédien a l’occasion d’avoir « sa » scène. La ribambelle de têtes connues, même dans des troisièmes rôles, laisse pantois : Jamie Hector et Dominic Lombardozzi, alias Marlo et Herc dans « Sur Ecoute« , ont droit à leur scène. Canet arrive à tirer le meilleur, et à laisser la place à chaque comédien : hormis la famille de Chris et Frank, la relation entre Vanessa et Scarfo (Mathias Schonaerts) est aussi fascinante que malsaine. La confiance, il en est beaucoup question dans « Blood Ties », et Vanessa étant le catalyseur de l’impuissance de Frank à maîtriser son frère, cela donne lieu aux scènes les plus James Gray du film (il en est coscénariste).

Côté famille, James Caan est utilisé à bon escient et à bonne dose : le dîner de Thanksgiving permet de mieux se rendre compte des eaux troubles dans lesquels naviguent Sam et Chris. Un autre bon point : Gray et Canet ne se permettent jamais de se plonger dans des flashbacks pour mieux « comprendre » les personnages. Ainsi, les rancunes, distances et rancoeurs sont toutes au présent, narrées ipso facto par des âmes à la dérive. Seul un flashback dans l’enfance sera montré pour explication.

Blood Ties

©MarsDistribution

Coup de mou sur la fin

« Blood Ties » c’est aussi un polar 70’s où l’on sent le rêve de gosse porté à l’écran, et la photographie ultra-grainée de Christophe Offenstein sert le film, particulièrement lorsque le film passe à l’automne. Le Brooklyn sent plus le vécu que l’incongru, et on ne verse jamais dans la faute de goût. Mais très vite, l’ombre des grands frères, Sidney Lumet en tête, se fait sentir, et les scènes d’action, même si elles sont pour la plupart bien emballées et jouant sur la caméra subjective pour accentuer la tension (efficace), n’arrivent pas vraiment à sortir de l’hommage et du conformisme propre au genre. Et si Crudup est la vraie révélation du film, arrivant à tirer son épingle du jeu face à un Clive Owen fort en gueule et en charisme (comme d’habitude), Blood Ties a du mal à arriver à une conclusion, finissant par perdre le spectateur non par embrouille, mais par demande de patience. Marion Cotillard, en ex-femme de Chris, a également du mal à surnager ou à avoir un impact hormis être une des rares à y voir clair dans le Chris sorti de prison. Les errements de « Blood Ties » sont aussi du côté du montage, interrompant des scènes en milieu d’action, en étirant d’autres… Et la musique de Yodélice sera finalement laissée de côté, au profit d’une bande-son 70s omniprésente, passant de Cream aux Isley Brothers. C’est sans doute aussi la dimension fantasmatique du film, mais qu’importe le flacon, l’ivresse du son est bien là, et très adroite.

A la vision, on comprend très bien pourquoi « Blood Ties » ne méritait pas de Palme. Il reste néanmoins un film de très bonne facture, sachant impliquer le spectateur au mieux en tirant le meilleur de sa pléthore d’acteurs. Et ça, c’est déjà la garantie de se placer au-dessus de la mêlée de ces sorties de fin d’année.