Shell, comme son nom ne l’indique pas, est bien le nom d’une ado écossaise du fin fond des Highlands et non pas de station-service. Néanmoins, elle gère une des stations-service isolées au bord d’un lac, et son père épileptique. De ce postulat, Scott Graham tire un premier film assez oppressant, à la limite de la claustrophobie.

Tout passe dans les yeux de son actrice, Chloe Pirrie, qui rappelle un peu Chloé Sevigny : regard ailleurs, curieux des rares clients qui visitent sa petite entreprise, parmi lesquels un divorcé malheureux interprété par Michael Smiley, et un jeune du coin interprété par Iain de Castecker, le Leo de « Agents of S.H.I.E.L.D. ». « Shell » aborde sur toute sa durée le désir d’échappatoire et la solitude qui ronge son héroïne, à peine interrompue par un garçon du coin qui tente de la faire sortir. C’est la relation père-file qui donne tout son relief à « Shell », entre un père bosseur, hirsute et quasiment sauvage, et une fille qui s’accroche à lui. Un peu trop, même, et les sous-entendus incestueux rendent « Shell » encore plus dur à voir.

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Une symbolique lourde

Il est évident que Graham porte son film comme un talisman, et a beaucoup d’affection pour ces habitants du no man’s land des Highlands. Mais « Shell » pèche par l’insistance sur les daims errants comme symbolique, et une épure dans ses dialogues et sa direction visuelle qui laisse coi, voire un peu confus. En s’enfonçant dans le pathos, « Shell » se replie tellement sur soi et ses propres règles que le rythme devient insupportable, et qu’on cherche très vite la porte de sortie. Il reste une belle aptitude de Scott Graham à capter des expressions fermées et une présentation de personnages viscéraux et à fleur de peau qui ne demandent qu’à être revisités dans un contexte un tantinet moins oppressant.