Pour son retour sur grand écran après le divertissant mais mineur « Micmacs à Tire-Larigot » Jean-Pierre Jeunet nous livre un road-trip à travers les Etats-Unis… à travers les yeux du jeune TS Spivet, 10 ans. L’occasion pour Jeunet d’expérimenter avec une 3D qui est omniprésente – l’histoire ne dira pas s’il l’aurait utilisé pour « Life Of Pi », qu’il a passé un an à développer.

Direction le Montana et les Montagnes Rocheuses. A l’exact croisement des sources se déversant dans le Pacifique et dans l’Atlantique. Une obsession avec la symétrie qui se retrouve dans le cadrage : Jeunet sait donner de l’espace à son cadre et mettre ses acteurs en plein milieu. « TS Spivet », adaptée d’une récente nouvelle pour enfants, retrouve Jeunet avec ses tics visuels calmés, voire renouvelés pour certains. Certes, on retrouve une palette vert pomme très caractéristique de Jeunet et une tonalité très pastel dans la photo ; mais il sait ne pas se mettre en travers de l’histoire. TS Spivet est un enfant aux grandes capacités, dont l’imagination n’a d’égal que ses connaissances des sciences appliquées : comme beaucoup des héros de Jeunet, il a une obsession monomaniaque avec les détails triviaux, et chez Spivet c’est les distances et mesures en tout genre.

TS SPivet

Des tableaux gentillets

Le film retrace donc le parcours de TS Spivet vers le Smithsonian, où un prix doit lui être remis pour l’invention d’un appareil mu par des aimants, et permettant le mouvement perpétuel. Une invention qui n’est pas le MacGuffin du film, elle est montrée à plusieurs reprises. Spivet décide de partir à la suite d’un drame familial qui a vu son frère jumeau, Layton, être tué par accident. Un parcours qui semble être plus une promenade de santé qu’autre chose, puisque le chemin est balisé de toutes parts. Jeunet fait monter TS à bord d’un train sillonnant les Etats-Unis, mais semble avoir oublié de faire évoluer son personnage. Les rencontres sont rares, et étirées sur des séquences dont l’intérêt s’estompe à peine commencées.

On a beaucoup reproché à Jeunet son Paris de carte postale dans « Amélie Poulain », et cela ne se retrouve pas dans le Montana de TS Spivet, verdoyant et inspiré des meilleurs westerns. En revanche, la traversée du centre industriel et des états du Wyoming est à peine marquée géographiquement. Si Jeunet réutilise ses acteurs fétiches avec brio (Dominique Pinon est méconnaissable), il est moins à l’aise pour faire palpiter les aventures de son héros. Encore nous a-t-on épargné le cliché des hillbillies, mais très peu de traces de l’Amérique moderne se retrouvent dans le film. Celui-ci semble se situer hors du temps, et on n’a que quelques indices que celui-ci se passe à l’époque moderne, mais les références aux films d’Hollywood des années 1930-1940 sont légion. Le propos habituel de voyage comme rite initiatique tombe à plat, puisque Spivet s’embarque dans la direction d’une « montagne de mensonges » dont il ne descendra pas. De même, les tentatives d’humour et les tentatives de rendre visuellement sublimes l’imagination de TS tombent, pour la plupart, à plat. Callum Keith Rennie, vu dans Battlestar Galactica, joue un cow-boy très fade, phagocyté par la narration de Spivet. Sa composition est donc inexistante, tout comme celle d’une Helena Bonham Carter aux abonnés absents, comme son personnage.

Outre un dernier quart d’heure imaginé comme un coda qui voit Jeunet régler ses comptes avec les mass media américains, et leur machine de communication servant à broyer la créativité (refrain connu, et à la limite du hors sujet ici), « TS Spivet » le film n’est ni extravagant, ni prodigieux. Mais il n’est pas exhibé comme un animal de foire aux spectateurs avides de pop-corn. Il se dégage de certaines séquences une naïveté et un charme tout Chaplinien ; dommage que Jeunet noie ces intentions au milieu d’une trame lisse.

NB : L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet était paru en avril 2012 chez Nil Editions. Plus d’infos ici