Je ne serai pas objective à propos de Blue Jasmine de Woody Allen, d’ailleurs je le note A+. Oui, carrément. Parce que j’ai adoré. Woody Allen opère littéralement avec Blue Jasmine son grand retour. Cela faisait quelques années que je n’avais pas ressenti cela devant un de ses films. Depuis Match Point, je crois (même si j’avais apprécié Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu).

Blue Jasmine / © Warner Bros

Blue Jasmine / © Warner Bros

Jasmine arrive à San Francisco pour vivre quelques temps chez sa soeur Ginger. Son mari vient de se faire arrêter pour traffic d’argent. Ils ont tout perdu. Jasmine espère que cette cohabitation ne durera pas trop longtemps. Elle et sa soeur n’ont pas les mêmes gênes : elles ont toutes les deux été adoptées. Et cela se voit, aiment-elles à le répéter. Jasmine est aussi blonde que Ginger est brune, Jasmine est grande, élancée, toujours élégante, le phrasé précieux, et elle aspire à une vie « upper class ». Tandis que Ginger se contente de petits copains colériques, grandes gueules, qui aiment le foot et les bières entre amis.

Mais Jasmine ne fait pas illusion bien longtemps… Sous ses dehors de « grande dame », elle vient de vivre de trop gros drames successifs. Son mari Hal a effectivement été arrêté et mis en prison, où il s’est donné la mort. Jasmine a donc perdu son appartement, ses résidences secondaires, sa vie sociale, ses vêtements bijoux, tout ce qui faisait son quotidien. Mais c’est son honneur, surtout, qu’elle a perdu avant même l’arrestation de son mari, puisqu’Hal avait depuis quelques années des aventures avec d’autres femmes.

Jasmine feels blue… Elle ne lésinne pas sur la vodka et le Xanax. Elle parle seule, aussi, quand elle ne trouve pas un passant pour l’écouter raconter sa vie d’avant. Elle est hantée par cette chanson qui passait le jour où elle a rencontré Hal : « Blue Moon », elle l’a chante sans arrêt dans sa tête en se racontant la même histoire. Désespérée, Ginger essaye d’être présente pour sa soeur. Elle lui présente des amis, lui trouve un travail, l’accompagne à des fêtes, afin qu’elle retrouve un peu le goût de vivre et surtout la capacité de redevenir indépendante. Mais les habitudes de Jasmine reviennent au galop lorsqu’elle entrevoit de nouveau la possibilité de se faire entretenir par un homme riche rencontré à San Francisco.

Blue Jasmine - Jasmine en promenade avec Ginger et ses copains / © Mars Distribution

Blue Jasmine – Jasmine en promenade avec Ginger et ses copains / © Mars Distribution

Blue Jasmine se construit sur des allers-retours entre la vie actuelle de Jasmine à San Francisco avec sa soeur, et son ancienne vie sur Park Avenue à New York avec son mari. Ses « dinner party », les escapades à la campagne, les magouilles de Hal que Jasmine ne veut qu’ignorer, ses doutes sur ses potentielles aventures extra-conjugales, mais aussi la venue de Ginger à New York pour les vacances, le dédain avec lequel Jasmine la traite à cette époque-là…

Woody Allen comme d’habitude nous parle des relations de couple, de la confiance mise à mal, des surprises que la vie peut apporter… Les acteurs sont tous très biens, mais on ne voit que Cate Blanchett. Elle est absolument incroyable dans ce rôle. Son visage est tordu par le désir de paraître mélangé au désespoir. Elle est à la fois très belle, et très sombre. Woody Allen lui permet de donner le meilleur d’elle-même : elle est une parfaite Blue Jasmine. Elle est Blue Jasmine. On n’imagine personne d’autre dans ce rôle, qui n’aurait pu exister sans elle.

Woody Allen et Cate Blanchett - Blue Jasmine / © Mars Distribution

Woody Allen et Cate Blanchett – Blue Jasmine / © Mars Distribution

Blue Jasmine traite, comme tous les films de Woody Allen, à la fois des relations familiales, amicales et conjugales. La morale de l’histoire de Blue Jasmine m’a semblée un peu manichéenne, dans le sens où les très bons partis peuvent se révéler de grosses arnaques, et les petits copains râleurs sont en fait les plus gentils et fiables du monde… Mais à part ça, le film à tout pour plaire. Cate Blanchett est très émouvante. Elle est triste, effrayante, et même drôle à certains moments. Beaucoup de moments aigre-doux. Et Blue Jasmine se termine sur une scène des plus percutantes, que je ne vous décrirai pas.

Les images de San Francisco sont vraiment jolies. Sur les vues de la baie, avec cette touche de vintage qui va si bien à la ville.

Si vous aimez Woody Allen et n’avait pas trop suivi ses derniers films, allez voir celui-là, vous ne serez pas déçus.

La bande annonce