Qui dit nouveau film de Michael Bay, dit avalanche de critiques, souvent négatives et souvent méritées pour certains spécialistes. Mais le Bay est un faiseur, un mec qui impose son style et No Pain No Gain est encore là pour prouver que le monsieur n’est pas là pour faire du Sundance ou monter les marches. (Intro de Wit, certifié fan de Bay.)

No pain no gain

©Paramount

En n’ayant vu que la bande annonce, je n’avais pas très envie d’aller voir No Pain no Gain (en version originale « Pain and Gain », bravo au traducteurs francais qui traduisent de l’anglais en anglais…). Tout dans la BA me faisais penser à un film cliché de cinéma de bof tentant de compenser leur complexe d’infériorité et leur frustration derrière ce cinéma bourré de testostérone. Tous les codes y sont : le culturisme, (beaucoup de culturisme), des boobs, des bagnoles, du pognon, des plans de Ray Ban, du fric, des villas de bourges de Miami, de la cocaine…

Ainsi, je le rangeais d’office dans la catégorie Fast and Furious, en me disant que Mark Wahlberg s’était définitivement tourné vers le cinéma commercial. Puis, par hasard, j’ai vu que c’était Michael Bay qui était à la réalisation. Emblême du cinéma patriotique américain, de Bad Boys à Transformers, Armageddon, Pearl Harbor ou The Island, c’est un spécialiste du blockbuster. Alors quitte à vomir sur un film, autant l’avoir vu pour avoir des arguments.

Mea culpa, j’ai jugé trop vite… J’ai été séduit par No Pain no Gain…

« A Miami, Daniel Lugo, coach sportif, ferait n’importe quoi pour vivre le « rêve américain » et profiter, comme sa clientèle fortunée, de ce que la vie offre de meilleur : maisons de luxe, voitures de course et filles de rêve…
Pour se donner toutes les chances d’y arriver, il dresse un plan simple et (presque) parfait : enlever un de ses plus riches clients et… lui voler sa vie.
Il embarque avec lui deux complices, Paul Doyle et Adrian Doorbal, aussi influençables qu’ambitieux.
No Pain no Gain s’inspire de l’histoire incroyable mais vraie de ces trois kidnappeurs amateurs qui, à la recherche d’une vie meilleure, se retrouvent embarqués dans une série d’actes criminels qui dégénèrent rapidement… Rien ne se déroule jamais comme prévu. »

No Pain no Gain aurait pu être un de ces films débiles qui poussent l’absurde jusqu’au bout. Seulement, à plusieurs reprises, une voix off et des titres viennent rappeler qu’il s’agit toujours d’une histoire vraie.

No pain no gain

©Paramount

Les héros de No Pain No Gain sont une bande de canards à trois pattes. Cliché. Mark Wahlberg incarne le prof de muscu, obsédé par son corps qui a le cerveau lavé par les clichés américains le conditionnant à rêver d’une vie de milliardaire. Anthony Mackie traîne à la salle de muscu et essaye tous les stéroides et créatines imaginables, et Dwayne Johnson est un ex-taulard en quête de rédemption auprès de Jésus qui passe ses nerfs sur des fontes en prêchant l’amour de son prochain…

De ces trois génies (sarcasme) va jaillir l’idée de kidnapper un juif plein aux as pour l’escroquer. Je crois qu’à ce niveau, on ne peut pas faire plus simpliste. Si cela sortait réellement du cortex d’un scénariste, il serait la honte de la profession. Et pourtant…

On se laisse emporter. Parce que notre curiosité est échauffée par ces annotations « histoire vraie », parce que c’est juste inconcevable, parce que c’est tiré par les cheveux, parce que c’est… impossible.
Mais aussi parce que on nous laisse avoir du recul sur l’intrigue, tellement que ça en devient ironique. Si certains iront voir ce film pour les raisons que j’ai avancées au début, je dirais qu’en réalité, No Pain no Gain fait le portrait acide du rêve américain et de la société.  Je ne pense pas chercher une excuse pour aimer ce film, je ne pense pas partir dans mon délire qui dépasserait celui du réalisateur, mais c’est clairement ma perception.
Les héros sont débiles, mais filmés au troisième degré (pour le recul), et pourtant on ne ressent aucun jugement.
Cette bande de bras cassés nous touche. Particulièrement Dwayne Johnson, qui, tout en conservant ses attributs physiques et le personnage qui va avec, nous apporte (enfin) quelque chose de plus. Comme je le disais, tout fraîchement sorti de prison, il s’est rangé du côté clair de la force, ne touche plus, ne bois plus, a du mal s’exprimer avec les filles… Son personnage me rappelle le géant du livre Des souris et des hommes de Steinbeck. Car malgré tout, sa névrose reprend à plusieurs reprises et ponctuellement le dessus, laissant s’exprimer ses gros muscles, avant de réaliser qu’il a fait une bêtise.

Je ne vais pas trop épiloguer sur le scénario et sa construction, car malgré le fait que cette histoire soit populaire et que la première scène annonce la conclusion, tout tient dessus et je ne peux pas vous enlever ça.

Alors que dire d’autre… la réalisation ! Au poil !

No pain no gain

©Paramount

Filmé essentiellement au reflex, toute le charme esthétique tient dessus. Ambiance fin d’années 80/ début 90, vêtements aux couleurs flashy, voitures Formula et autres Testarossa, saturation colorimétrique poussée au max…

C’est une question de style, mais j’aime ce coté rétro kitch. Ensuite, techniquement, Michael Bay est très à l’aise dans ses plans, c’est une machine bien huilée… Que lui dire… Ah si, l’utilisation de la GoPro. Je tiens à souligner ce point car c’est la mode.
Même si la Gopro c’est cool et populaire, ça n’a rien de Pro. Pour se défendre, les réalisateurs nous expliquent que son utilisation s’explique par sa praticité due à sa petite taille, mais aujourd’hui il y a d’autres solutions. Au final on se retrouve avec un rendu sale, de faible résolution et au plan agressif vu qu’il n’y a pas de stabilisateur. En dehors de ce point, aucun reproche. On a entendu des critiques sur ces multiples plans sur les Ray Ban aviator de Mark Wahlberg, mais je les trouve justifiés, accentuant ce côté cliché des héros qui se veulent sans peur et sans reproche.

On appréciera aussi la musique, toujours très juste sans en faire trop.

Le film est assez long et usant, mais c’est la moindre des choses pour rendre justice à cette histoire, l’évolution et la décadence des personnages. C’est un délire assez particulier : on a l’impression de Michael Bay a pété un câble et libère son coté wild. Je ne peux pas vous en dire plus : faites comme moi, allez vous forger votre propre avis.