Alfonso Cuaron est considéré comme un excellent réalisateur grâce notamment à un très bon épisode de Harry Potter et un chef d’oeuvre d’anticipation qu’était Les Fils de L’homme. Faiseur d’images accompli, il prouve avec Gravity qu’il en a sous sa caméra et qu’il est aussi intéressé par la technique que l’image. Mettant en scène Georges Clooney et Sandra Bullock, Gravity est plus qu’attendu.

GRAVITY

©Warner

Deux astronautes se retrouvent piégés dans l’espace quand leur navette est détruite par des débris. Rapidement, seule Ryan Stone (Sandra Bullock) se retrouve au milieu de cet immense espace.

Gravity avait de quoi faire frémir les cinéphiles, un réalisateur talentueux, un casting plutôt bon, un script original et une mise en scène qui repousse encore les limites. C’est dans une salle comble que Gravity va, pendant 1h30, rendre toute une salle claustro alors que l’on est dans l’endroit le plus vaste qui existe. Avec une caméra tant au plus près de l’action que contemplative, Gravity parvient à dégager une telle tension qu’il sera difficile de ne pas se sentir comme l’héroïne (exceptionnelle Sandra Bullock).

On pouvait penser devant les multiples bandes-annonces que Gravity allait être un poil répétitif. Si c’est le cas, c’est avant tout car l’unité de lieu, aussi vaste soit-il, ne peut pas se permettre d’offrir beaucoup de possibilités. Heureusement, Gravity parvient à offrir un script qui multiplie les séquences fortes et arrive sans peine à captiver.

Si on met de côté une musique un peu trop présente pour cacher le manque quasi total de sons et de bruits (malgré un montage sonore frôlant la perfection), il reste des images ultra léchées, proches d’une perfection rarement atteinte. Les détails sont minutieux et quand on sait que la totalité des décors (ou 90%) sont virtuels, on se dit que Gravity est une prouesse technique donnant naissance à un film hybride.

Gravity

©Gravity

Mais derrière la technique et l’esthétisme, Gravity n’est pas arrivé à réellement me sortir de mon fauteuil. Je n’en ai pas totalement pris plein la gueule, pardonnez mon expression. Si la salle et les réactions sur Twitter étaient unanimes, je me suis trouvé dans une situation bien embêtante. Oui c’est beau, bien fait, bien joué, bien foutu, bref un film rondement mené, cependant il ne m’a pas captivé au point d’en sortir bouche bée. On sait à quoi s’attendre, on connait les enjeux, les tenants et aboutissants et on est quasi noyé par le concept. Se cannibalisant sans cesse, Gravity n’atteint jamais une maestria suffisante pour que j’en sorte vraiment réjoui. Gravity est un roller coaster d’émotions fortes, une imagerie incroyable mais après un démarrage parfait, le film perd sensation. Cuaron multiplie les idées filmiques avec des caméras subjectives, des astuces sonores, cependant il oublie que le script de Jonas Cuaron, son fils, reste peu original dans son traitement. On n’excusera pas la séquence Deus Ex Machina vers la fin qui permet de remettre sur le devant de la scène le trauma du personnage et de conclure son histoire.

Si Gravity se conclut par une belle métaphore, confirmée par Cuaron lors de la masterclass faisant suite à la projection, il n’atteint pas le niveau de lecture qu’il faut. Pour le comparer à un autre film, Space Time de William Eubank restait dans une vision très philosophique (trop peut-être) mais gardait en tête une certaine ambition scénaristique, là où Gravity ne propose qu’un suspens finalement pas si surprenant.