Pour ce premier roman, Agnès Vannouvong choisit le thème de l’amour entre femmes et des dégâts émotionnels causés par une rupture amoureuse. « Après l’amour » se concentre sur ce qu’il y a après la relation.

Le roman commence par le récit d’une rupture. Celle de la narratrice et de Paola, sa compagne depuis dix ans. Tout n’était pas rose, loin de là, mais leurs vies totalement entremêlées sont brusquement forcées de se détacher l’une de l’autre. Passé le choc de la décision de la séparation s’écoulent des jours dénués de sens. L’auteure nous donne à ressentir ce vide, cette solitude violente, injuste et ingérable. On en a des frissons. Puis, elle commence à fréquenter d’autres filles, qui ne sont jamais Paola, mais l’aident à remplir le vide. Certaines sont juste des aventures, mais elle sent parfois de nouveau la capacité de tomber amoureuse.

Au-delà du récit d’une rupture suivie de nouvelles aventures, c’est avant tout de solitude dont nous parle Agnès Vannouvong. La peur panique de se retrouver seul et les sacrifices de soi-même faits au nom de la Relation avec un grand « R », la recherche frénétique de nouveaux partenaires qui ne sont jamais assez parfaits devant l’image idéalisée de la relation perdue, qui n’est idéalisée que parce qu’elle a été perdue.

Ce marché du célibat, et en particulier le cirque du Marais décrit avec beaucoup de tendresse et d’ironie. La difficulté de reconnaissance de l’autre en tant qu’être possible à aimer et auquel faire confiance. L’auteure retranscrit parfairement cette aliénation permanente et l’incapacité à rester soi dans la relation à l’autre. On devient incapable de rester soi tout court, même seul… Les courts chapitres sont thématiques. Ils parlent d’une fille, d’une autre, et parfois remontent à l’enfance de la narratrice, son environnement familial, des images de son histoire avec Paola, ses séances chez sa psy…

« La solitude, c’est les noces barbares de soi à soi. »

Agnès Vannouvong

Agnès Vannouvong

Au fil des rencontres, on souhaite vraiment pour elle qu’elle retrouve chaussure à son pied. Les aventures se suivent et finalement se ressemblent un peu toutes. La furie, la femme mariée, la voyageuse, l’attachée de presse, toutes sont appelées à remplir le trou béant creusé par Paola, et toutes échouent. Sauf une ? La 4ème de couverture nous l’annonce clairement, donc pas de spoiler : on se demande seulement quand interviendra cette Héloïse. Sera-t-elle miraculeuse ? En attendant, la narractrice se dévoile, s’adressant parfois à ses conquêtes, parfois à Paola, sa psychologue, et au lecteur, ou n’est-ce qu’une impression ?

Le ton est changeant et s’apparente au discours de la psychothérapie. On retrouve d’ailleurs dans certains chapitres la narratrice sur le divan de la « star du Marais aux honoraires libres ». Parfois, elle parle à la troisième personne, parfois à la seconde selon les aventures qu’elle raconte. On ressent bien l’empreinte (l’emprise ?) de chacune de ces femmes sur elle. Et à chaque fois la rupture, ou la crainte de la rupture, qui plane au-dessus d’elle comme une fatalité, reproduisant le schéma familial et amoureux dont elle se sent incapable de se débarrasser.

« Plus tard je m’interroge. Une filiation sans père existe-elle ? Sommes-nous condamnés à vivre les même schémas ? Comme ma mère, comme moi, mon enfant ne connaîtra pas son père ».

Un premier roman très sensible qu’on ne peut pas lire avec indifférence. La narratrice nous entraîne avec elle dans ses aventures, ses doutes et ses choix, avec une grande sincérité et une volonté de tout avouer. Impossible de ne pas se retrouver dans sa quête du conjoint (de la conjointe, en l’occurence) idéal(e), image inexistante qui la bouffe et la poursuit, tout autant que la peur viscérale de finir seule.

Ok tout cela n’est pas joyeux joyeux. Je ne vous dirai pas si cela se finit bien. Je ne saurais que vous en conseiller très vivement la lecture : ce roman est l’un de mes gros coups de coeur de cette rentrée. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un texte aussi juste sur l’amour, l’attente, et le désir.

 

Agnès Vannouvong enseigne les « Gender Studies » à l’Université de Genève (l’étude des « genres », ou étude des identités sexuelles dans les sociétés). Avant ce premier roman, elle avait déjà publié un essai, suite à sa thèse. Son site : http://agnesvannouvong.com/

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