Immortelles est le premier roman de Laure Adler, par ailleurs historienne, journaliste, qui a publié bon nombre de biographies et essais. Comment passe-t-on de l »écriture historique et documentaire à l »écriture d »une fiction ? Que donne ce premier roman ?

« Je ne crois ni aux revenants ni aux extrêmes ressemblances. Je crois aux petits signes que les disparus nous adressent de temps en temps, de là-bas, pour qu »on ne les oublie pas. »

Immortelles débute sur un constat sans équivoque : la narratrice, habitée par le souvenir de ses amies disparues, revit dans ces pages comme un besoin le passage de ces trois femmes sur terre. Deux sont mortes, l »une est inaccessible. « Florence, Suzanne, Judith. Elles forment une sarabande dans ma tête ».

Et c »est ainsi que le texte est construit : divisé en cinq parties, chacune partagée en trois, il met en scène leurs vies comme les pas d »une danse, qui s »enchainent, changent d »ordre, se mélangent sans jamais se croiser.

La première partie du roman, « Le sentiment de l »innocence », nous fait d »abord découvrir l »enfance des trois héroïnes puis se suivent leurs moments de vies, comme des étapes, des rites de passage : « La perception de l »existence », « Le sentiment sexuel », « Le surgissement du réel » pour finir avec « L »apprentissage de la désillusion », ne laissant nulle place à un happy ending.

La narratrice, dont on connait très peu de détails, rencontre ses amies à trois périodes différentes de sa vie, des moments clés.
Elle se lie d »amitié avec Suzanne autour d »un roman, à l »époque du lycée. Florence, allégorie de la révolution spirituelle hippie, se trouve dans le même camping qu »elle un été. Puis vient l »université, où elle rencontre Judith, étudiante sérieuse dont la révolte reste interne, lors d »une conférence littéraire.

 

<img class="size-medium wp-image-7664" online casino alt= »© Philippe Quaisse/Pasco » src= »http://uploads.smallthings.fr/2013/08/2c-laure-adler-218×300.jpg » width= »218″ height= »300″ /> © Philippe Quaisse/Pasco
Une histoire de femmes

Tout au long de l »ouvrage, on ne connaitra jamais le nom de la narratrice, car cette histoire n »est pas sienne. Et c »est pourtant à travers les vies de ses amies que nous découvrons ses traits, se construisant peu à peu au travers des autres, à l »image de ces guides.

Cette construction par l »autre, idée récurrente du récit,  met d »ailleurs en scène les mères des héroïnes une bonne partie du début, expliquant les répercussions d »une éducation sur le futur de leur fille.
A l »époque où les adultes en devenir n »attendent que de pouvoir devenir libres, il s »agit là d »un réel reflet des années 60 70.

Immortelles est avant tout casino online une histoire de femmes.
Les hommes auront d »ailleurs ici une place bien pauvre, se limitant au rôle d »amant, de père absent ou de mauvais garçon. Des hommes qui disparaissent comme ils sont apparu, au détour d »une page, pendant que les femmes cherchent à trouver leur place.
Elles deviennent femmes avant d »être prêtes, et doivent être accomplies avant d »être mère, ne voulant pas reproduire l »exemple parental (une femme au foyer, une mère célibataire et une rescapée de la Shoah).

« Sa poitrine, qui avait surgi en l »espace de cinq mois, à l »âge où elle jouait encore à la poupée, la handicapait ».

Dans ce récit au féminin, trois femmes, trois mères, il est obligatoire de se reconnaitre dans l »une ou l »autre, ou même dans toutes tant certains éléments semblent universels.

Le reflet d »une génération

Laure Adler a énormément de choses à raconter, se contrôle, mais se perd parfois dans sa volonté d »en dire toujours plus. Chaque élément de chaque anecdote est millimétré, réfléchi comme un réel vécu.
N »oublions pas qu »après tout, l »auteure, qui signe ici son premier roman, a écrit un nombre conséquent de biographies auparavant (celle-ci étant peut-être un peu la sienne ?).

Ainsi, Immortelles se retrouve truffée de références, se veut très musical, très littéraire.
Il n »est pas rare de voir une moitié de page consacrée à un extrait de chanson, imposant ainsi un rythme, une sorte de bande originale (Aznavour, Yves Montand).

Mais la création de son univers de s »arrête pas là. Il en va de tout détail sans importance, comme un T-shirt Sex Pistols en guise de pyjama. Globalement, l »histoire entière est traitée de manière imagée, portée avec insistance sur la sensation, les odeurs, les textures, les consistances et les goûts : une impression de vie.

Pourtant, ayant choisi de centrer l »intégralité de son récit sur la représentation d »une génération, et bien que la découverte en soit exaltante, Laure Adler perd certain de ses lecteurs. Malgré certains passages situés à Bueno Aires ou Varsovie, l »histoire restera centrée sur la capitale, limitant ainsi le côté « international » d »une histoire aux contours moins nets.

« La faucheuse n »a pas été tendre avec notre génération. Pas de plan de vie, pas de désir particulier de rester en vie. Nous n »y pensions même pas. Nous nous sentions immortelles. »

On reconnaitra dans ce livre le curriculum de Laure Adler, historienne, journaliste et ancienne directrice de France culture, consacrant par exemple un important passage sur la fuite de Varsovie en période de répression.

Un premier roman qui laisse curieux quant à la suite.

 

Article par Yohann T.