Avec En toute impunité, Jacqueline Harpman nous propose un roman psychologique fort et tendre tout à la fois. Un élan de courage et de persévérance mêlé à une passion dévorante.

HarpmanElles s’appellent Albertine, Sarah, Charlotte, Clémence, Adèle et Madeleine. Elles vivent pour leur passion commune : le domaine familial de La Diguière, merveilleuse propriété du XVIIIème. Mais la famille est désargentée et le faste d’autrefois est loin déjà. Au fil des générations, il a fallu vendre tout ce qui n’était pas vital et La Diguière n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les économies drastiques ne suffisent plus :  le toit doit impérativement être refait avant l’hiver et l’impôt foncier s’annonce exhorbitant. La menace est plus présente que jamais, La Diguière est en danger.

Jean, un architecte sexagénaire, tombe en panne de voiture aux abords du domaine. Le plus naturellement du monde, les maîtresses de maison lui offrent l’hospitalité et lui ouvrent la porte de leur quotidien. Pendant 4 jours, il verra ces femmes exceptionnelles se battre contre l’inévitable et se prendra de passion pour cette demeure gracieuse. Il assiste ainsi à distance à l’opération de la dernière chance : madame de La Diguière a dépensé les dernières économies familiales pour un séjour à Vichy dans l’espoir d’y rencontrer un riche prétendant. Vieux et en mauvaise santé de préférence. Elles en sont certaines, c’est la seule solution pour payer les frais nécesasire pour sauver le domaine.

Une année s’est écoulée. A l’occasion d’un voyage d’affaires, Jean passe aux alentours de La Diguière et ne peut s’empêcher de s’y arrêter. Il découvre alors un fastueux domaine, magnifiquement rénové dans le respect des matériaux d’autrefois. Sous le charme, il retrouve Albertine, Sarah, Charlotte, Clémence, Adèle et Madeleine et il semble que son absence n’aduré que quelques jours. Mais bientôt, il se demande où se trouve le maître de maison, le généreux prétendant qui a pu sauver si merveilleusement La Diguière…

 

Dans ce roman charmant et élégant, Jacqueline Harpman nous entraine dans une intrigue qui nous emporte avec allégresse. La plume glisse avec légèreté sur le papier et on boit avec avidité les mots de cette auteure majeure de la littérature belge francophone. Après quelques chapitres, la trame de l’histoire est bien établie et laisse entrevoir une fin inéluctable. Qu’à cela ne tienne. Il est des romans que l’on lit pour le suspense, d’autres pour la beauté du texte. Rapidement, on s’attache à ces personnages forts et pleins de vie. On se met à craindre qu’un nouveau malheur s’abatte sur La Diguière, à espérer qu’une solution sera rapidement trouvée. Finalement, on se retrouve comme cet architecte tombé là par le fruit du hasard et qui se plait dans cette ambiance chaleureuse et légère. Comme lui, on suit les événements avec intérêt et respect. On attend la suite, la page, le chapitre suivant avec impatience. Et on découvre avec bonheur ce récit touchant raconté avec talent.

A travers cette intrigue, Harpman pose finalement des questions vitales : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver ce qui nous tient lieu de raison de vivre ?  La faim ne justifie-t-elle pas les moyens ? Et au-delà : à partir de quand est-on coupable ? Quand ne l’est-on pas ? Est-ce qu’agir à plusieurs permet de diviser la culpabilité ? Partager un secret permet-il d’en alléger son poids ?

Jacqueline Harpman

Jacqueline Harpman

Jacqueline Harpman est une romancière et psychanaliste belge décédée en mai 2012 à l’âge de 82 ans. Son premier roman, Brève Arcadie en 1959, a reçu le prix Rossel (l’un des plus importants en Belgique) et est qualifié de nouvelle Princesse de Clèves par la critique. En 1996, elle reçoit le prix Médicis pour Orlanda. Auteure de 28 romans, Jacqueline Harpman a également reçu en 2006 le Grand prix SGDL de littérature 2006, pour l’ensemble de son œuvre.

Retrouvez la critique d’En toute impunité également sur le blog d’Audrey Chevrefeuille