Le journal d'un écrivain sans succès

Le journal d’un écrivain sans succès

Jean-Fabien et son Journal d’un écrivain sans succès. Informaticien pas comme les autres, son côté geek en mal de fille cache une âme artistique qui se cherche. Son meilleur ami ? Son ordinateur ! C’est ce que nous raconte son Journal d’un écrivain sans succès.

Pourtant, il ne passe pas son temps libre (c’est-à-dire tout son temps) à jouer à des jeux vidéos, il ne passe même pas son temps à nous parler dans un langage informatique incompréhensible. Son ordinateur, comme pour beaucoup d’informaticiens (pardon pour le cliché), lui sert avant tout à communiquer avec le monde extérieur…

Voilà des jours que Jean-Fabien parle de ses états d’âme sur un blog. Les lecteurs (et les lectrices) interragissent à chaque article tandis qu’il se dévoile. Son rêve ? devenir écrivain. Ou plutôt non : il sent au fond de lui qu’il l’est déjà depuis longtemps. Le seul problème, c’est qu’il n’a jamais écrit. Mais écrire sur quoi ? Il veut être édité, vendu, avoir du succès. Jean-Fabien s’interroge donc sur le meilleur moyen d’y parvenir et imagine un roman à la carte.

Le journal d’un écrivain sans succès bascule en fait au cours de chaque chapitre entre ce blog et le récit du quotidien de Jean-Fabien, cerné entre un boulot chiant et sa quête perpétuelle d’un amour réciproque. Dans la vie réelle, il est informaticien, n’a pas d’ami et s’est épris d’une fille hors d’atteinte. Heureusement, il a échafaudé un plan infernal pour la séduire : se faire passer pour un écrivain.

Passant sans cesse d’un mode d’écriture à l’autre, Le journal d’un écrivain sans succès nous entraine dans un univers tout à fait particulier. On sourit souvent, on s’amuse parfois. On regrette les allusions vulgaires qui n’apportent rien à l’histoire et qui ne font qu’encourager les préjugés selon lesquels les garçons (et les geeks) sont des obsédés qui voient les femmes comme des objets et non comme des êtres humains à part entière. Heureusement, on découvre un Jean-Fabien sensible et romantique dans les dernières pages de son Journal d’un écrivain sans succès.

L’auteur impose un rythme tout à fait particulier dans ce livre, alternant continuellement narration suivie et écriture web. L’objectif premier du Journal d’un écrivain sans succès semble être de distraire le lecteur, et c’est une réussite. J’avoue avoir eu du mal d’entrer dans l’histoire tant le style est a priori inaproprié pour un format roman. J’aurais probablement plus apprécié une lecture quotidienne des aventures de Jean-Fabien à travers ce fameux blog plutôt qu’en un bloc de 190 pages. Néanmoins, il y a un style personnel qui ne manque pas d’un certain intérêt, un humour et une auto-dérision plutôt rafraichissants.

Dommage pour le titre, qui ne correspond finalement pas au contenu : ce n’est pas l’histoire d’un écrivain sans succès, c’est le journal d’un type qui voudrait écrire mais qui ne sait pas sur quoi. Notre époque semble pourtant être propice aux publications (souvent à compte d’auteur) ayant pour sujet l’auteur lui-même et sa frustration à ne pas trouver d’un éditeur capable d’apprécier son prétendu grand talent. Jean-Fabien ne semble pas de cette trempe, et on s’en réjouit.

Paul&Mike est un éditeur dit libre. Distribué par Hachette livres, il propose une ligne éditoriale qui se veut réactive avec « des essais collants à l’actualité et des romans décalés ». Jean-Fabien vient d’y publier son second roman, « La Perspective du primate », en juin dernier.

Le site de l’éditeur : http://www.paulemike.com/

Retrouvez cette critique également sur le blog d’Audrey Chevrefeuille

L'auteur Jean-Fabien

L’auteur Jean-Fabien