Cette critique ne contient pas de spoilers pour le film « Pacific Rim ».

La critique que vous lisez a l »inconvénient de passer derrière celle de tous les blogueurs et sites spécialisés qui ont vu Pacific Rim en avant-première en fin de semaine dernière. Une libération instantanée d »avis, pour la plupart dithyrambiques. Il est difficile d »ajouter quoi que ce soit d »inédit à ce concert de louanges, à part que je me situe dans la frange des cinéphiles qui ont le plus été touchés par le film.

Ma critique sera très spécifique, et elle est construite autour des analyses de la contre-performance de ce week-end au box-office américain. Beaucoup s »accordent à dire que le film n »a pas su fédérer au-delà du public fan de science-fiction et de Del Toro en général, déjà acquis à la cause. Le fait est que Pacific Rim est loin d »être un blockbuster décérébré de plus affichant un vague cahier des charges, exécuté avec un brio inné par Industrial Light & Magic.

Non. Pacific Rim remet l »humanité et l »espoir au coeur même de son histoire.

Pacific Rim

©Warner

HugeThings.fr

Avec l »artifice du pont neural, Del Toro et son coscénariste Travis Beacham se démarquent un peu de la chair à canon habituelle. Ici, le conflit entre les pilotes de Jaeger peut être fatal à la mission, car chacun va puiser les ressources émotionnelles pour venir à bout des Kaiju qui ne cessent d »arriver. A 2 heures et 10 minutes, le film n »a pas réellement le temps de poser les personnages, mais ce concept est de même à stimuler notre imagination, et ajouter une troisième dimension aux personnages du film, aux noms pourtant si particuliers (Stacker Pentecoast?).

Le film est conscient de sa nécessité de spectaculaire, et nous offre des sessions de combat dantesques et imaginatives. Mais si le spectateur y prête bien attention, le commentaire sur notre société, que dis-je, sur NOS sociétés, est bien là. Chaque pays, chaque spectateur pourra projeter sur les kaijus gluants et tentaculaires ses peurs les plus gigantesques, et c »est là toute l »intention de Del Toro. Le personnage de Mako est survivante d »un passage de kaiju comme dans les « Godzilla » originels, mais il n y a aucun besoin d »avoir la culture de genre, ou même d »avoir vu l »adaptation de Roland Emmerich, pour s »identifier. Le traumatisme est là, dans ses yeux.

Pacific Rim

©Warner

 

Un espéranto visuel pour transcender les cultures

Peu importe l »esbroufe, peu importe la minutie avec laquelle Del Toro est arrivée à l »aboutissement de son univers. Si Pacific Rim a un langage composite, comme les noms de ses protagonistes, c »est pour mieux souder les cultures, souder les nations. Del Toro touche au cœur de ce qui fait fonctionner l »esprit d »équipe, mais là où des Avengers n »ont rien en commun, les pilotes de Jaeger n »ont pas le choix que de mettre tout leur psyché en commun pour avoir une force et une concentration décuplée. Si Del Toro accomplit son rêve de gosse et nous déroule tout un pan de l »histoire du film de monstres, c »est pour nous servir des idéaux humanistes et non commerciaux. Si les figurines kaiju pourront orner les tables de plusieurs chambres de préados à travers le monde, ce sera à travers la sincérité désarmante du Mexicain qui a passé quatre décennies à les concevoir.

Pacific Rim est LE film qui commente sur la chute des nations, des idéaux et touche le spectateur en plein cœur. Ne serait-ce que pour cette raison, des générations de spectateurs devraient voir leur imaginaire happé par sa photographie vive. Un espéranto visuel transcendant les cultures, c »est la proposition du film. Bien au-delà d »un « cool factor » à la vacuité de plus en plus alarmante au fur et à mesure que les franchises s »amoncellent dans nos cinémas.