Lordofnoyze continue d’explorer les séries du monde entier à Série Séries. Place à la Suède avec 30 Degrees In February, la curiosité venue du froid.

Série Series a accueilli l’équipe de la série « 30 Degrees in February« , diffusée l’an dernier sur la chaîne suédoise SVT, samedi dernier à Fontainebleau pour une étude de cas. Même si le créateur de la série, Anders Weidemann, était absent, les trois producteurs ont évoqué en détail le tournage de la série, et le troisième épisode de la série a été projeté le vendredi soir.

30 Degrees in February

©SVT

30 degrés, c’est la température qu’il fait en Thaïlande en février, un virage à 180 degrés du climat suédois. C’est bien le phénomène de l’émigration du pays sur lequel se penche 30 Degrees in February, à travers quatre cas très différents les uns des autres et qui se déroulent en parallèle- pas de toutéliage en vue. La première intrigue est un couple de seniors, Bengt et Maijis, qui sont venus ici en vacances. Bengt est un ex-pilote handicapé qui a développé une relation de domination psychologique avec sa femme. Celle-ci tente de s’affranchir de son joug dans l’épisode projeté en prenant des leçons de plongée. Dans une scène de déjeuner avec les monitrices, elle dévoilera ses blessures personnelles et la raison qui fait qu’elle est restée avec Bengt. Un monologue noir, délivré avec une simplicité déconcertante.

Une série « hypnotisante » au rythme lancinant

Katsja décide de rénover un hôtel particulier appelé le « Happiness ». Une table rase qui lui semblait nécessaire: en Suède, elle a fait un AVC sous les yeux de ses deux filles. L’une d’entre elles, l’aînée, tente de nouer une relation amicale avec un jeune moine thaïlandais qu’elle avait connu petite, lors de vacances. La barrière de la langue et les mises en garde parentales n’y feront rien: les deux tentent un contact dans une scène quasi-silencieuse où ils remettent à l’eau des jeunes tortues de mer. Le rythme est lent, la musique très présente, et tout est fait pour happer le téléspectateur. Une autre intrigue nous montre un trentenaire corpulent, Glenn, tenter de retrouver une Thaïlandaise qu’il a rencontré sur Internet, en vain. Cet épisode va nous montrer Glenn au plus bas, alors qu’il fait la connaissance d’un masseur thaïlandais transsexuel. C’est sans doute Glenn qui est à l’origine des passages les plus crus et lourds de l’épisode, sa haine de soi rejaillissant de la manière la plus violente qui soit.

Une précision documentaire

Le rythme de 30 Degrees in February est aussi lent qu’envoûtant. Même s’il embrasse le dépaysement tant désiré par ses personnages dans chaque scène, c’est bien les conflits et contradictions apportés avec leurs valises qui font tout l’intérêt de la série. La Thaïlande est peut-être un nouveau départ pour la dizaine de protagonistes que nous suivons, mais ces dix épisodes sont une manière pour eux de se confronter avec leur passé, leurs travers, leurs blessures, et d’y mettre un terme. L’audace des scénaristes est de faire ressortir leur humanité dans tout ce qu’elle a de plus cru, et souvent cruel.

30 Degrees in February

©SVT

Quelques infos supplémentaires glanées lors de l’étude de cas:

-Un des producteurs de 30 Degrees in February, Hakan Hammaren, est un globetrotter chevronné qui a notamment vécu deux ans en Indonésie. L’idée est venue aux producteurs sur un coin de table, dans une pizzeria, lors d’un tournage qui n’était pas de tout repos. L’idée était déjà d’aborder le phénomène d’émigration des suédois vers la Thaïlande.

-Le réalisateur a vu son travail facilité par le showrunner, Anders Wideman: « Il vivait déjà en Thaïlande, et nous étions voisins sur le tournage. Nous avons tissé des liens étroits, et il n’hésitait pas à faire des réécritures sur le champ pour satisfaire mes besoins. »

-Pour les acteurs et la production, les six mois de tournage étaient aussi une sorte de camp de vacances. La production a dû scolariser une vingtaine d’enfants à Phuket!

-Une deuxième saison est en cours de préparation mais n’a pas encore été officiellement acceptée par la chaîne.