© Pathé Distribution

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C’est ce mercredi que sortent « Marius » et « Fanny » les 2 premiers volets de la célèbre trilogie de Marcel Pagnol. Nouvelle adaptation cinématographique réalisée par Daniel Auteuil. La rédaction de Small Things était à l’avant-première des films, présentés par Auteuil lui-même.

Alors que « Marius » pose le décor, les bases de l’histoire, et nous présente les personnages, « Fanny » représente selon moi le coeur de la trilogie : l’épisode qui pose les questions les plus profondes, et les plus dramatiques. J’y reviendrai plus tard. Quand je suis entrée dans la salle de projection, avec en tête le souvenir des heures passées à lire et relire les pièces de Pagnol il y a de ça bien 10 ans (aïe ! ça fi mal !), je me suis demandée si pour moi l’émotion serait toujours au rendez-vous. Et, oui, elle était intacte, et même renouvelée au regard de la formidable modernité de cette oeuvre, modernité du texte de Pagnol bien sûr, mais que Daniel Auteuil a su révéler et travailler avec beaucoup de soin.

Le pitch : petite piqûre de rappel

L’histoire, vous la connaissez : elle se passe dans les années 1920 près du Vieux-Port de la Marine, à Marseille. Marius aide son père à tenir le « Bar de la Marine ». Jeune homme rêveur, il écoute avec passion siffler les cheminées des bateaux, dans l’espoir qu’un jour un capitaine lui propose d’embarquer. Mais il y a Fanny, son amie d’enfance, follement amoureuse de lui et au charme de laquelle il n’est pas insensible. Constatant que Marius lui résiste un peu, elle fait mine d’accepter la proposition de mariage de Panisse, un homme de 30 ans de plus qu’elle, qui a les faveurs de sa mère. Réalisant qu’il est jaloux, Marius prend conscience de ses sentiments pour Fanny, et les deux amoureux cèdent l’un à l’autre.

Quelques semaines plus tard, on les retrouve inséparables. Ils se voient en cachette car ils savent bien que si leurs parents apprennent leur liaison, ils voudront les marier sur le champ. Et Fanny doute : elle sait bien que « l’envie d’ailleurs » de Marius n’a pas disparu. Ce qu’elle craignait finit par arriver : il reçoit l’occasion de partir en mer. Comprenant que Marius ne sera jamais heureux tant qu’il n’aura pas cédé à cette passion pour la mer, elle se sacrifie, prétendant aspirer finalement à une vie confortable et rangée avec Panisse. Effondré par cette révélation, Marius prépare son sac et décide d’embarquer sur « la Malaisie », qui doit quitter le port au petit matin…

L’intention de Daniel Auteuil

Après 3 heures de projection, qui sont passées très vite, j’avoue avoir essuyé quelques larmes. J’ai pris un plaisir immense à redécouvrir le texte de Pagnol, dont les répliques me revenaient en tête au fur et à mesure. Bien sûr les ressemblances avec les films d’Alexander Korda (« Marius » – 1931) et de Marc Allégret (« Fanny » – 1932) sont nombreuses. Certains plans sont calqués, mais franchement, pour certaines scènes, on n’aurait pas voulu qu’il en soit autrement. Petit compliment pour Victoire Bélézy : son accent marseillais a beau ne pas être toujours au top, elle est bien moins dramatique qu’Orane Demazis dans le même rôle, et on l’en remercie !

"Tu me fends le coeur !!!" - © Pathé Distribution

« Tu me fends le coeur !!! » – © Pathé Distribution

Daniel Auteuil nous explique qu’il a recherché des acteurs « habités », « incandescents », capables de porter la noirceur en eux. Cette noirceur traverse pour lui toute l’oeuvre, car c’est l’histoire de deux jeunes gens qui se sont aimés toute leur vie, sans la passer ensemble.

Cette modernité, Daniel Auteuil l’a sentie tout d’abord à travers la question de l’argent : l’argent en tant qu’élément qui peut diriger ou faire basculer de grandes décisions de vie. C’est le cas de Fanny, par exemple, vis-à-vis de son choix de vie avec Panisse. Des questions sont également posées sur la paternité, sujet non seulement moderne, mais très actuel.

Marius : « C’est qui le père ? Celui qui donne la vie, ou celui qui paye les biberons ?

César : « Le père, c’est celui qui aime. »

Et question qui a évidemment été posée au réalisateur : quid de l’accent marseillais ? Y a-t-il fallu l’apprendre à tout le monde, ou certains l’avaient-ils déjà dans la tête ? Auteuil nous explique que la plupart des acteurs viennent, ou vont régulièrement, dans le sud de la France. Parfois sud-ouest, parfois sud-est, ils sont donc habitués à une certaine musicalité dans le langage. Cela leur a permis d’intégrer facilement l’accent de Marseille. Big up à Marie-Anne Chazel qui le réalise parfaitement bien, alors que d’autres se plantent un peu sur certaines phrases. Pas facile de jouer une scène dramatique quand on doit en plus surveiller son accent…

En bref : j’ai aimé.

Oui, j’ai aimé, parce que c’est beau, bien fait, sincère, et authentique. Quand certains taxeront les films d' »académiques », je répondrai « et alors ? ». Le message qui doit passer passe. L’envie d’ailleurs, le dilemne partir ou rester, la relation père-fils, l’amour impossible, les raisons du coeur et les choix raisonnables… Tout y est, et y est bien. Fidèle à l’oeuvre de son cher Pagnol, Daniel Auteuil nous prend par la main et nous entraîne dans un univers qui semblera exotique à certains (c’est mon cas… le vieux Marseille, l’effervescence du port dans les années 20, cela ne m’est pas familier), mais qui pose les vraies questions ! Osez vous demander ce que vous auriez fait à la place de Marius, de Fanny, de César !

Les deux films sortent ce mercredi 10 juillet au cinéma. Le troisième et dernier volet, « César », n’a pas encore été tourné. Cet épisode se déroulant 20 ans plus tard, Daniel Auteuil a décidé de se laisser le temps de la réflexion et assouvir son « besoin d’oxygène ». A suivre, donc…

Et pour ceux qui auraient envie d’en savoir un peu plus : je vous conseille cette interview de Daniel Auteuil sur laprovence.com

Marius et Fanny