Passons à un film qui a été au coeur de vives critiques et qui n’a pas réussi à créer une nouvelle franchise Superman au cinéma. Man Of Screen et SmallThings reviennent sur Superman Returns.

Juillet 2006, je rentre dans les locaux de la Warner pour la première fois. Je vais assister à la projection de Superman Returns, premier film Superman depuis presque 20 ans.

Retour en arrière. En apprenant la mise en place du projet, je monte un site internet, collecte tout sur le film et attend avec impatience la sortie. Ma collectionnite aigue frôle l’overdose.

2h40 après mon entrée dans la salle de projection, je suis mitigé. En avais-je trop vu ? Le film en offrait-il assez ? 7 ans après je ne sais toujours pas quoi penser du film de Bryan Singer. Adulé par certains, conspué par d’autres, le film a été beaucoup critiqué. Les premières critiques étaient élogieuses, on parlait d’un vibrant hommage au film de Richard Donner. Avec le temps, les critiques les plus négatives parlaient d’une pale copie, d’un manque cruel d’action. Certains spectateurs ayant la critique facile le qualifiaient de nul à chier. Qu’en est-il ?

Le projet entrepris par Singer vient après 10 ans de Development Hell avec des projets différents comme celui de Tim Burton et Nicolas Cage, celui de Wolfgang Petersen liant Batman à Superman, celui de McG ou encore celui de JJ Abrams. Jon Peters est un peu le pendant de Ilya Salkind en tant que producteur imbécile. Peters voulait absolument tout le contraire de ce que Superman était. Il ne voulait ni costume, ni vol et souhaitait un maximum de merchandising. Au final, la vision de Singer l’a emporté en 2004.

Superman Returns débarque en juillet chez nous. L’avant-première est terrible à la Défense. J’approche Bryan Singer, Kevin Spacey, Kate Bosworth mais Brandon Routh restera à jamais loin de moi. Je me souviens encore de mon cri de rage en me disant qu’il faudra attendre une suite possible d’ici deux ou trois ans. Hélas cette année, point de Henry Cavill non plus…

©Warner

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Superman Returns est une suite/reboot de Superman de 1978. On y retrouve cette volonté d’être poétique, doux, beau en y ajoutant cette touche un peu méta en parlant de la place de Superman dans le monde après une absence de 6 ans comme de sa place dans le cinéma après 20 ans. Avec cette note d’intention, le projet aurait pu avoir de l’allure. Singer était connu pour avoir réussi deux films X-Men, le casting était plutôt réussi et tendait à être un nouveau parallèle avec le film de Richard Donner. Un jeune premier du nom de Brandon Routh et la mignonne Kate Bosworth feront face à Kevin Spacey pendant près de 2h30.

Le résultat est mitigé, disons-le. Il y a dans Returns une forte mélancolie appuyée par une musique aussi belle que triste. Que ce soit dans le rapport de Clark / Superman avec Lois que dans les dialogues flirtant avec les remises en question permanente. Il y a aussi dans Returns une volonté manifeste de raconter une histoire d’amour, mais il n’y a pas dans le film la volonté de raconter ce que la note d’intention voulait. En effet, la place de Superman dans le monde n’est jamais esquissé ou alors très peu à travers une une de journal, une micro scène, une allusion. Jamais Superman ne sera confronté au monde, au public. La scène du sauvetage de l’avion, dantesque s’il en est, est la seule preuve tangible de la vraie place de Superman aux yeux du monde. Pendant tout le métrage, il n’y aura guère d’autres scènes de liesse, de support, d’amour envers lui. Superman Returns se restreint en n’exposant que le prisme réduit du monde de Lois Lane et de Lex Luthor. Pire encore, la place de Clark n’est que peu exploitée. Il n’apparait que trois minutes et n’a aucune interaction véritable avec Lois sauf dans un dialogue rapide et une scène de retrouvailles bancale.

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Venons-en au prétexte du film, Luthor souhaite, comme dans le premier film, inonder quelques terres pour ériger un continent et le vendre aux plus offrants. Il vole de la Kryptonite pour l’envoyer sous la mer et le voir grandir et créer une nouvelle terre accueillante… sauf que le résultat est désastreux, le nouveau continent est inhabitable, les conséquences ne sont pas répercutées dans le monde. Un tel continent aurait du faire monter les eaux, créer la panique partout dans le Monde et faire de Superman un employé à temps plein. Non, il n’y a qu’un léger tremblement de terre à Metropolis.

Autre point du scénario est l’entourage de Lois Lane. Lui ajouter un fils avait tout de l’idée casse-gueule, les spéculations sur le fait qu’il soit celui de Superman pouvait tuer le projet. Effectivement, Jason White n’a rien d’intéressant, est au centre d’un faux suspens et au final décrédibilise le film. SOn fiancé, Richard, est un homme aprfait. C’est un peu un Superman humain, il est pilote, il vole donc, il est gentil, prévenant, il vient même sauver tout le monde quasiment. Alors pourquoi s’embêter à vouloir que Lois et Superman se rabibochent ? Elle a déjà tout pour elle. Oui le monde a continué de tourner sans Superman et c’est avec mélancolie que le film déroule son propos sous-jacent : Superman n’a besoin de personne et inversement.

Le gros point qui a fait tiquer les spectateurs est le fait que Superman débarrasse le monde d’un continent en Kryptonite alors qu’il a été affaibli par quelques poussières de roche verte dix minutes avant. Soit. Le scénario semble avoir évolué en aveugle et l’attention a été porté à l’esthétisme.

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Outre le scénario un peu bancal, les images sont magnifiques. Chaque plan est iconique, que ce soit Superman sauvant un avion, écoutant le monde dans l’espace, se ressourçant vers le soleil et la fameuse scène de vol entre Superman et Lois parfaite… Singer a bien compris que plastiquement, le film pouvait avoir de la gueule. Si le film manque d’action, il contient une scène de sauvetage d’avion absolument dantesque. Le reste n’est hélas, que trop rapide. Tout avait été vu dans les spots TV. Les actions de Superman sont brèves et n’ont pas vraiment marqué le public. La plus longue est celle où Superman et Lois volent. Ressucée de celle de 1978, elle est quand même magnifique.

Alors au final, Superman Returns est-il un film de superhéros ? Non, c’est un film romantique dans la pure tradition. Le ton employé est triste, posé presque pessimiste. Le film parle avant tout d’un homme qui cherche à être accepté, à avoir une place quelque part, peut-être pas dans le monde mais dans le cœur des personnes qui comptent.  Superman Returns est un beau et grand film. Les quelques défauts (peu de Clark, beaucoup de scènes coupées, Jason, Kate Bosworth un peu lisse…) sont occultées par la beauté des images et par un Brandon Routh très convaincant et un Kevin Spacey magistral. Poétique, beau, poignant, agressif, lyrique, épique