On continue notre tour d’horizons des plus célèbres adaptations de Superman avec Man Of Screen.

La plus grande adaptation en termes de durée du mythe de Superman est toute récente. On n’aurait pas donné cher de cette série orientée adolescents au début des années 2000 mais petit à petit, la série a trouvé ses marques et même si elle n’est pas exempt de défauts, elle brosse un large pan de la mythologie Superman alors qu’elle ne le montre jamais ! La série a duré 10 saisons et est parvenu à devenir un Lois & Clark moderne dans ses dernières saisons et a quitté son carcan de séries ado du début du millénaire (Roswell, Buffy…) pour devenir un show plus noir non sans être absolument parsemé de défauts liés au budget, au casting ou encore aux scénaristes.

Alors que les projets ciné sont au point mort, les bureaux de la Warner (alors détenteur de la chaine The WB) voient arriver un projet de série sur l’enfance de Bruce Wayne. Un synopsis attire leur attention, il est intitulé Smallville. Cet épisode de la série se concentre sur la visite de Bruce Wayne à Smallville et sa rencontre avec le jeune Clark Kent. L’idée fait tilt dans la tête des exécutifs. Superman aurait davantage l’aura d’une série télévisée sur ce sujet que Batman.

Rapidement, Alfred Gough et Miles Millar se voient aux commandes de la série. Alors qu’ils pitchaient une série centrée entièrement sur Lois Lane (sans mentionner Superman), ils se sont vu offrir davantage.
Le casting a été plus facile que pour les versions cinéma. Après avoir considéré Jensen Ackles (qui viendra finalement dans la série pour jouer le copain de Lana et ensuite deviendra la star de Supernatural) et Brandon Routh (futur Superman de Returns), les producteurs se tournent vers Tom Welling.
Michael Rosenbaum qui était déjà dans les petits papiers de Gough et Millar pour jouer Harvey Dent / Double Face dans leur projet de série sur Batman, se voit confier le rôle de Lex Luthor. Le fait de se raser le crane pour le rôle peine à le convaincre néanmoins.

©Warner

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Osant le parti pris de commencer la série en faisant de Clark et Lex des amis et en introduisant Lana comme love interest du héros (sorte de remake de Superboy, série morte née de 1961), Smallville renouvelle le mythe Superman en proposant une période assez peu mise en valeur à part avec la série Superboy (1988). Peu de gens pensaient à cette série en regardant Smallville mais avait en ligne de mire le schéma classique que l’on connait à savoir Clark / Lois / Superman / Metropolis et Lex Luthor. Derrière ce changement radical, les spectateurs allaient chaque semaine attendre qu’on leur amène ce qu’ils voulaient. Le schéma a joué pendant de longues saisons. L’ajout des éléments comme Lois, les origines kryptoniennes ont permis de garder l’intérêt des fans.
Le gros point négligeable était que Clark ne portait pas de lunettes. Pendant 10 saisons, un nombre incroyable de personnages croiseront Clark et son identité secrète qui n’existe pas encore aura alors fort à faire dans les années futures. Mais on est encore loin de la conclusion de la série qui durera pratiquement dix ans. Le crédo de la série et des producteurs ? No tight, no flight (pas de collants, pas de vol).

L’autre originalité sera de créer un personnage de toute pièce à savoir Chloé Sullivan, sorte de Lois Lane version blonde, crée pour combler peut-être le trou laissé béant par l’absence de Lois. Beaucoup de fans ont spéculé sur le fait qu’elle pourrait devenir Lois dans les saisons suivantes en changeant de nom tellement sa personnalité renvoyait à celle de sa cousine (eh oui).

Le pilote fut diffusé sur The WB network. De suite, l’épisode présente les prémisses d’une série qui va s’inscrire comme une tentative osée de faire revivre le mythe Superman.
Clark a débarqué sur Terre accompagné par une pluie de météorites bourrées de Kryptonite. Les enjeux s’installaient de suite. La pluie de météorites a tué les parents de Lana, et la Kryptonite a modifié la croissance de certaines personnes qui ont muté et ont acquis des pouvoirs. On tient là des histoires pour toute une saison !

Le concept était fort si on l’accompagnait de la mythologie autour de Superman. Le pilote a impressionné et encore une fois, on trouve une nouvelle adaptation d Superman dans un ton différent. La recherche de la propre personnalité de Clark renvoie à cette période adolescente où on se cherche. La découverte des pouvoirs de Clark se caractérise souvent par une métaphore de la puberté. Par exemple, d’une façon vicieuse, Clark découvre sa thermovision en étant quelque peu excité par sa nouvelle prof…

Portée essentiellement sur le Freak Of The Week, la saison  1 pose les bases d’une série très ado, à la bande son pop-rock (le catalogue de Warner Music y passe). La relation entre Clark, Chloé, Pete et Lana rappellent les séries ados de l’époque comme Roswell ou Dawson. Clark affronte à chaque épisode un ado qui a muté à cause de la pluie de météorite pendant l’arrivée de Clark sur Terre. Il tente d’approcher Lana mais elle porte un collier en Kryptonite. Chloé s’occupe du journal du lycée et s’occupe des événements étranges qui se passent dans la ville.

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La série reste dans ses thématiques ados mais tente de se démarquer un peu des Freaks Of The Week en saison 2 en se basant sur les origines de Kal-El. Christopher Reeve fait une apparition dans l’excellent épisode Rosette (saison 2) et dévoile la véritable identité de Clark. Le clin d’œil est comme un passage de relais. Le Superman le plus connu passe le flambeau à celui qui incarnera son alter-ego pendant presque dix ans (le record toute adaptation confondue). Hélas sa mort prématurée va sonner le glas de ses apparitions prochaines. Margot Kidder (la Lois de Reeve) viendra prendre le relais.
Aussi, on découvre la Kryptonite Rouge qui va transformer Clark en sorte d’ado rebelle en cuir et biker… bonjour le cliché. La saison 3 sera plus développée niveau mythologie et la saison 4, avec l’arrivée de Lois Lane et d’autres héros comme Flash, relance ses enjeux, les rapports entre les personnages et se permet une intrigue annuelle d’une pauvresse exécrable : les 3 pierres de la connaissance.
Chaque année, Smallville trouvera un prétexte pour faire avancer sa mythologie en ajoutant des éléments plus ou moins percutants. L’histoire des pierres, de luttes familiales et même de sorcellerie ne va pas aider la série à se trouver des défenseurs. Encore pire, la relation navrante entre Clark et Lana plombe chaque fin d’épisode.

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Heureusement, la saison 5 vient donner un petit coup de pied dans la fourmilière. En effet, comme beaucoup de séries sur les ados, le lycée se terminant, une autre ère commence. La plupart du temps, ces séries perdent en intérêt mais Smallville est parvenu à s’affranchir de ce défaut et de proposer enfin autre chose que des bluettes d’ado. On passe aux trahisons familiales, aux luttes de pouvoirs. Zod, la Zone Fantôme, le Daily Planet et un Lex Luthor qui passe du côté obscur. La série poursuivra dans cette voie jusqu’à la saison 7. Smallville devient de plus en plus un Superman light, tout est quasiment en place, il ne reste plus que le costume et le duo de reporters Lois et Clark.

Etrangement, c’est avec le départ des deux créateurs originels, Gough et Millar que tout va se décanter. Le Daily Planet devient le lieu de prédilection de Lois et Clark qui commencent leur vie de journalistes débutants. Les méchants se multiplient, les menaces sont de plus en plus importantes. Doomsday est le Big Bad de cette saison. Dans une intrigue assez glauque, l’ajout de Doomsday va permettre à la série de s’offrir une vraie porte de sortie. Mais la série va continuer encore deux ans. Le combat final avec le monstre qui a tué Superman dans les comics est un pétard mouillé, la saison 9 va alors être celle du too much. Les intrigues s’emmêlent, le méchant parle pendant vingt épisodes, on allonge le suspens, le syndrome Buffy post-saison 3 se fait sentir.

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La relation entre Clark et Lana disparait au profit de celle avec Lois. On gagne grandement au change, Lois étant quasiment l’opposé de Lana en termes d’intérêt, de folie…

Le budget est encore réduit depuis l’arrivée de la série sur la CW (mixe de The WB et UPN) et cela se ressent à l’écran. Les personnages apparaissent aléatoirement au gré des épisodes, Lex Luthor a tiré sa révérence. Par contre, le gros point positif est que l’on gagne en fan service. Les fans du duo Lois et Clark sont aux anges depuis la saison 8. L’alchimie entre Erica Durance et Tom Welling est clairement palpable, le duo est frais, vif, percutant, en bref, c’est une réussite. Les références à Superman se multiplient, le S est de plus en plus visible.

La dernière saison sera l’occasion d’offrir un épisode 200 assez jouissif avec un Clark Kent du futur rappelant le Clark Kent du film de 1978. L’influence du film de Donner est encore grandement palpable et le final conclura dix saisons d’origines, les plus longues que Superman n’a jamais vécu.

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Pendant 10 saisons, les clins d’œil à Superman seront légion mais ne seront jamais utilisés pour autre chose que du fan service. Le final sera totalement peu surprenant quand on sait que Smallville avait une finalité. Néanmoins il est quasi fidèle à ce que tout le monde aurait pu imaginer.

Le personnage de Clark sera bien utilisé quand sa dualité est au centre des intrigues. Le souvenir d’un double épisode très convaincant où il se lie d’amitié et d’amour avec Alicia est encore là. Le personnage comprend alors qu’il sera difficile pour lui d’avoir une vie stable et calme.
Tom Welling a incarné un Clark Kent affectueux mais jamais très convaincant dans le drame. Son jeu n’a pas beaucoup évolué en dix saisons. Il retrouve un tantinet de fraicheur quand il a en face de lui une actrice expressive comme Erica Durance. Michael Rosenbaum, qui jouait Lex Luthor, s’en sortait remarquablement bien tout comme Erica Durance qui, arrivée en saison 4, incarne une Lois Lane de plus en plus étonnante et rafraîchissante.

Modifiant son ton et ses enjeux à chaque saison, Smallville a une palette de personnages secondaires impressionnante et oublie un peu souvent son passé. Abusant de la Kryptonite, des pertes de mémoire, des accidents de voiture et de résolutions rapides des intrigues, Smallville n’est jamais parvenu à une maturité remarquée. Ses qualités étaient toujours effacées par des défauts voyants.

Une saison 11 a été créée en comics où Clark est Superman à Metropolis. Les critiques sont plutôt bonnes. Ça s’appelle toujours Smallville mais Superman est à Metropolis, Batman et Wonder Woman sont là, Lois et Chloé également et même Lana revient.

Un nombre incroyable de guests issues de l’univers Superman sont apparus dans la série comme Teri Hatcher, Dean Cain, Patrick Cassidy (Lois, Clark et Leslie Luckabee de Lois & Clark), Christopher Reeve, Margot Kidder, Terence Stamp, Marc McClure -respectivement Clark, Lois, Zod et Jimmy de Superman The Movie) et Helen Slater (Supergirl). Smallville est la plus longue adaptation de Superman et le restera sûrement pendant longtemps encore.