C »est l »histoire d »une rencontre entre un homme et une femme.

Port-au-prince, décembre 2009, quelques temps avant le séisme qui ébranlera Haïti, Guillaume et Nathalie travaillent au sein d »une ONG à laquelle personne ne croit. Lui sociologue, elle architecte, lui divorcé, elle séparée ; ces deux enfants du pays se retrouvent ensemble piégés entre conviction et réussite professionnelle.

Alors que de jour en jour l »horreur se répand sur l »île, l »amour pointe son nez et fait vibrer le couple comme la terre vibrera bientôt.

guillaume-nathalieEt l »auteur semble suivre ses propres écrits dans sa manière de nous plonger dans l »histoire. D »un lyrisme juste, doux, Yanick Lahens laisse transparaitre toute la tendresse qu »elle a pour cette île sans jamais tomber dans la critique ni dans l »apologie, sans jamais se trahir. Restant dans le simple constat de situation, elle y égraine dans toute son authenticité des termes locaux, expliqués en fin d »ouvrage dans un glossaire.

Car cette histoire, c »est un peu la sienne. C »est celle de sa patrie.

« Et les enfants avaient grandi comme la lassitude des femmes »

Guillaume, cinquantenaire, assiste impuissant à la chute de son île pendant que Nathalie, qui a tout fait pour la best online casino fuir, y revient irrémédiablement. Leurs deux voix réunies forment clairement celle de leur créatrice qui retournera elle-même en Haïti enseigner le français et la littérature après avoir terminé ses études à la Sorbonne.

Piégée « entre ancrage et fuite » (comme le titre de son livre d »essais de 1990), tiraillée comme la majorité de ses personnages entre amour du pays et haine de ce qui s »y passe, elle consacre son œuvre entière à libérer ses émotions.

Le roman commence par une scène casino d »amour passionnée entre les deux protagonistes. La suite du livre se contentera de nous livrer un retour en arrière, narrant les premiers jours et ses jeux amoureux. Une rencontre imparfaite, les aléas d »une différence d »âge et de vécu, une difficulté à se laisser toucher par l »amour dans un tel contexte géo-politique, et pourtant cette attirance qui triomphe.

Mais si Yanick Lahens a fait le choix de nous servir dès le début l »aboutissement de l »histoire, il en découle automatiquement un rapide désintérêt à lire la suite. Car si son écriture impeccable n »a de cesse de nous transporter, on sait très bien vers quoi elle nous mène. Et c »est sans compter sur cette façon d »écrire, pourtant si jolie, qui penche vers le roman de gare dès qu »elle laisse place à l »érotisme.

On finira presque par regretter, aux vues de certaines phrases (« mais en réalité je veux me coucher tout contre vous et me glisser dans le bosquet sous la dentelle d »un string »), de ne pas assister à la scène finale, la vraie, le séisme du 12 janvier 2010, qui sans forcément entrer dans le récit catastrophe aurait pu ajouter un mouvement et un intérêt supplémentaire à l »ensemble.

 « Cette foule en réalité n »en était pas une, mais juste un monstre sans tête, à dizaine de pattes, qui s »était déchainé et avait frappé à tort et à travers , détruisant tout sur son passage »