Séries Mania, qui s’est terminé le 28 avril, c’était d’abord des projections publiques de séries françaises et internationales, mais aussi la possibilité pour des professionnels de visionner une sélection élargie d’épisodes du monde entier. Parmi eux, beaucoup de séries qui n’avaient pas fait l’objet d’une projection publique, et sont toujours en attente de diffuseur. Votre serviteur a pu ainsi visionner trois séries belges de très bonne qualité, et une série autrichienne dont la critique est à venir, Bundeschlag. Pour faire court, ces articles sont plus un manifeste en faveur de l’acquisition rapide pour une diffusion sur le territoire français qu’autre chose. Je vais donc vous expliquer pourquoi elles valent le coup d’oeil, et qu’un diffuseur français se DOIT de faire le nécessaire pour que l’on découvre ces séries.

[box_dark]QUIZ ME QUICK – Belgique[/box_dark]

D’abord, il y a ce générique, inventif en diable, assurément le meilleur que j’ai vu cette année, et qui aborde différents domaines de connaissance générale: couture, son, film… Le tout sur une reprise décalée de « Kiss Me Quick » d’Elvis Presley. Le décor est planté, partons dans une petite bourgade de Flandres ou vit Nick, trentenaire malchanceux vivant d’un petit boulot comme livreur de sushi. Il a emménagé avec sa copine Cynthia, coiffeuse, et l’entretien d’embauche se solde par un échec lorsque le directeur lui fait part de la nécessité de l’esprit d’équipe. Nick, lui, est un grand enfant assez irresponsable, et pas du genre à finir ses projets, ce qui n’est pas du goût de Cynthia. Mais c’est un fana de culture générale, un Je-sais-tout qui s’ignore.

Luc, lui, travaille dans une petite boutique de développement de négatifs photographiques, et n’excelle pas à son job. Au point que des clients mécontents le châtient pour des photos entièrement mal développées. Le soir, tout le monde se retrouve au bar Vademecum, tenu par l’affable Louis Sterckx, et sa nièce Sophie. Ce soir-là, Roger Sterckx (joué par Dirk van Djick, qu’on retrouve également dans Deadline 14/10 en irascible rédacteur en chef), contrôleur fiscal qui a besoin de régularité et dont on apprend que c’est un ancien participant repenti au quiz de bar. Tout ce petit monde se retrouve par hasard lors de la « quiz night », où 6 équipes s’affrontent par tables, dont celle de Rudy, insupportable vainqueur qui a gagné 17 des 25 soirées organisées jusqu’ici. Nick, pris d’une transe, crée une septième table avec d’autres habitants mordus de quiz et note les réponses. On rencontre à cet occasion un nerd tout droit sorti de « High Fidelity », incollable en rock et ciné, et Armand Delaruelle, professeur introverti qui est le « M. Je-sais-tout » de la bande, ultraréférentiel. Nick a tout à apprendre de cette bande de cracks, et tout intérêt à gagner à ce qu’ils restent ensemble et participent au Super Prestige, le plus gros concours de quiz flamand.

Quiz Me Quick, c’est une photographie blafarde, un humour proche de « Spaced » et des films d’Edgar Wright. Sauf qu’ici, si la culture générale définit les personnages et prend une place dans la vie, elle peut se retourner contre eux comme en témoigne l’attitude d’Armand et surtout Roger, quizzeur contre lui. L’interprétation bonhomme et flegmatique de ce dernier rappelle le personnage d‘Ed O’Neill dans « Modern Family ». Une série qui compte apparemment 10 épisodes, diffusée sur la chaîne privée éen l’an dernier, elle a obtenu de très bonnes audiences. Une galerie de personnages qui emballe dès le départ, et une fraîcheur déconcertante de l’ensemble ajoutent à l’intérêt de la série, comme cette scène finale très futée quant à la véritable perception de Rudy par les autres clients du bistrot.

Ma note: A (comme achetez-la)

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« Comment ça vous voulez pas de nous?!? »

 

[box_dark]CLAN – Belgique[/box_dark]

Changement radical d’ambiance avec Clan, ou une sombre histoire de meurtre commis avec préméditation par les soeurs de la famille Goethels. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, le générique est assez inspiré de celui de « Dexter« , mais ici aucune sociopathe en puissance. Juste un assortiment de personnages féminins bien croqués, unis par leur haine commune de Jean-Claude, l’opposé du beau-frère idéal. Le changement? Ici, on ouvre avec l’enterrement de Jean-Claude avec des flashbacks successifs sur les motifs qui faisaient que vraiment, dans la famille, tout le monde déteste Jean-Claude….sauf sa femme, qui lui trouve toujours des excuses. Le ton est donné dès les premières minutes, avec une mouche asphyxiée par de la fumée de cigarette sur le testament familial. Très vite, on comprend que Jean-Claude a pourri la vie des quatre autres soeurs, en se mariant avec Goedele. L’originalité de la série? La police n’enquête pas sur le meurtre, classé comme accident. Mais la compagnie d’assurances, les frères Dewitt, est menacée et sur le point de se faire retirer la licence. Si l’assurance-vie de Jean-Claude est réglée, c’est la clé sous la porte assurée. Donc ils vont peu à peu porter leurs soupçons sur l’ensemble des belles-soeurs de Jean-Claude, dont Rebekka, pulpeuse mannequin pour sous-vêtements à la vie sentimentale tumultueuse. « Clan », c’est un nid de guêpes où chacune garde l’oeil et reste dans les pattes de l’autre, pour éviter tout dérapage. La showrunner, Malin-Sarah Gotin, dévoile avec maestria une galerie d’antihéroïnes dessinée frontalement, défauts à l’appui. On pense un peu aux films d’Etienne Chatilliez pour les dysfonctionnements familiaux. Mais le défaut de Clan, c’est que la farce n’est jamais très loin, et dans la démonstration que Jean-Claude cumulait les défauts du pire beauf imaginable, on force un peu le trait. N’en reste pas moins que l’humour noir et cocasse de la série, ainsi que la description d’une famille qui tente de se recomposer autour de leur soeur préférée, Goedele, donne envie de voir plus d’épisodes.

Jean-Claude a conclu sa vie (1964-2012).

Jean-Claude a conclu sa vie (1964-2012).

Ma note: A-

 

[box_dark]DEADLINE 14/10 – Belgique[/box_dark]

Un vrai drama criminel qui relate la disparition de la jeune Lena, et de l’enquête menée par une nouvelle journaliste, Marianne, arrivant au sein d’un grand quotidien flamand. Ici, le sel de la série vient des ramifications politiques au sein d’Antwerp, avec un commissaire qui souhaite étouffer l’affaire dans un contexte de réélection générale. La série a d’ailleurs été diffusée avant les véritables élections d’Anvers. La construction et le rythme sont assez classiques, la photo grisonnante et un peu oppressante fait mouche. L’enquête est somme toute classique, avec des suspicions infondées, et le spectateur témoin d’indices avant les protagonistes, comme la bicyclette de Lena embarquée par exemple. Le parcours de Marianne dans le pilote est très intéressant, puisqu’elle doit se défendre d’arrivisme et de pistonnage, face à des supérieurs qui lui confient des sujets sur le syndicat de déchets pour la mettre à l’épreuve. Une esquisse intéressante des motifs qui poussent un fait divers à la une des médias, et sur la collusion de l’agenda politique et l’agenda médiatique. Dans l’ensemble, Deadline 14/10 est solide, bien filmée, mais ne sort pas du lot des séries policières de ce type, avec une enquête feuilletonnante suivie sur une période très courte (le pilote couvre les 72 premières heures suivant la disparition de Lena).

Charlotte Vandermeesch incarne Marianne, la journaliste qui enquête sur la disparition d'une jeune fille.

Charlotte Vandermeesch incarne Marianne, la journaliste qui enquête sur la disparition d’une jeune fille.

Ma note: B+

Bientôt, je vous présenterai une autre série autrichienne, qui mériterait tout autant les honneurs d’une diffusion française, Bundeschlag.