Chris Wedge est un homme très occupé, et vraiment sous le feu de la concurrence en tant que patron de Blue Sky Studios. Contrairement à un John Lasseter ou un Jeffrey Katzenberg, il est beaucoup plus en retrait, mais son studio est un acteur de poids de l’animation mondiale, notamment grâce au colossal succès de la franchise « L’Age de Glace« , qui a pourtant connu une dérive créative au fil des épisodes. Et avec la multiplication de gros projets d’animation lancés par des concurrents ambitieux- le dernier en date? Warner Bros. qui a réouvert sa division de production de films d’animation-, Scrat et ses amis risquent bien de ne plus faire le poids. Wedge himself revient donc à la barre pour « Epic: la Bataille du Royaume Secret ». Un film d’animation assez mystérieux, dont une longue bande-annonce de 4 minutes avait été dévoilée dès l’an dernier, mais dont le titre promettait déjà une aventure immersive et l’exploration d’une certaine mythologie d’aventure inspirée des livres de William Joyce. Au final, Wedge a-t-il trouvé le souffle nécessaire pour rivaliser avec Pixar et les autres? Pas vraiment.

Des Hommes-feuilles poids plume

Commençons par le bon, et même le très bon: sur le plan technique, Blue Sky n’a pas à rougir de son utilisation de la 3D et de l’observation de la nature. Les tous petits qui rechigneraient devant un « Microcosmos » ou un « 1001 Pattes » (très improbable, mais bon, ça existe) seront enchantés

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en mettant leurs lunettes 3D. Virevolter à dos d’oiseau, se faire pourchasser par un chien à trois pattes: le budget d’Epic est bien à l’écran, aussi photoréaliste que possible. La nature dans son ensemble y est enchanteresse, mais spectateurs gâtés que nous sommes, c’est le moins qu’on puisse attendre d’un film d’animation en 3D en 2013. Malheureusement le reste a du mal à suivre. Dès le départ, le film comporte des problèmes de rythme qui ne donnent pas le souffle épique promis par le marketing. Le film nous présente une reine de la forêt gracieuse et toute-puissante, extension animée de la chanteuse Beyoncé Knowles; puis, en parallèle, la jeune Mary-Kate qui vient retrouver son père, un scientifique étourdi, le professeur Bomba. Celui-ci a consacré toute sa vie à l’étude de mythiques créatures de l’infiniment petit qu’il n’a jamais pu observer ou attraper dans la forêt, les Hommes-Feuilles. Bomba lui-même a une houpette qui est calquée sur le présentateur Conan O’Brien, une ressemblance assez mystifiante quand on sait que ce n’est pas lui qui fait la voix VO mais le comédien de « Saturday Night Live » Jason Sudeikis. Mary-Kate a une relation distante avec son père, et compte quitter sa maison tombant en ruines peu à peu. Mais, telle Alice suivant le lapin blanc, elle va suivre Ozzy dans la forêt et tomber en plein milieu d’une bataille entre les Hommes Feuilles et les troupes de nuisibles menées par Mandrake. Les Hommes Feuilles sont une galerie de soldats trop peu définie: leur chef, le général Ronin, n’arrive pas à séduire malgré son tempérament râleur et un courage à toute épreuve. Mais ce n’est pas mieux du côté des « méchants », qui n’exhibent jamais de réelle menace ou compétence, malgré leurs ressources, à l’instar de Mandrake.

Beaucoup de références, trop peu d’innovation

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Au fur et à mesure du déroulement du film, on pense à beaucoup de films familiaux ou d’aventure supérieurs, à commencer par « Chérie, J’ai Rétréci les Gosses » ou « Retour vers le Futur » avec son scientifique génial singeant Emmett Brown. Mais ces rappels ne rendent pas le film unique, et les séquences d’action s’enchaînent sans captiver l’intérêt. « Epic » semble tomber dans des enjeux binaires pour ne pas perdre de vue le public souvent très jeune qui va aller voir le film. Le sous-texte environnemental est délaissé pour l’exploration de la relation père-fille et une romance adolescente fade. Reste quelques idées et scènes un peu iconoclastes, qui parsèment le film, et que nous ne citerons pas ici. Mais ce n’est pas assez pour élever « Epic » au rang de film d’aventures honnête. Le mauvais étant atteint avec une litanie de clichés de films d’animation, et l’obligatoire duo comique distrayant, ici un escargot et une limace flirtant avec Mary-Kate. Au final, il ne s’agit pas d’un virage perceptible créatif pour les studios Blue Sky, et donc une déception. Pour ses prochains films, Blue Sky ne misera pas vraiment sur l’original, avec une suite à « Rio », qui avait engrangé plus de 140 millions de dollars à travers le monde; et une adaptation de la mythique BD de Charles Schulz, « Peanuts« .