Dana Modan est venue directement d’Israël nous présenter sa série Ananda, diffusée l’an dernier sur la chaîne du câble HOT. Cette série a défié les attentes: sur le papier, on s’attend à une comédie sur une touriste qui décide de trouver la félicité en Inde…. et ce n’est pas loin de ça. Ce qu’on ne sait pas, c’est que nous nous retrouvons aussi dans la série sans carte, ce qui donne libre cours à Modan de nous dérouter.

Ana est donc à l’aéroport, rejointe, valises pleines, par son compagnon, Yonatan. Sauf qu’il a oublié son passeport et qu’ils sont en retard pour l’embarquement. Embarras, insistance de l’hôtesse qui veut fermer les enregistrements de bagages, finalement Ana part seule avec la promesse que Yonatan la rejoindra plus tard. Finalement arrivée, elle part vivre son rêve de voir l’Himalaya… mais après 12 heures de taxi, se retrouve au fin fond du Rajahstan, avec deux « citoyens du monde » qui parlent également hébreu, Omer et Amir. La première partie du pilote pose ainsi le personnage d’Ana, également interprétée par Dana Modan, avec un point de vue très fort: celle d’une touriste lambda, un peu cruche mais pas trop.

Ananda

La série coup de coeur de la quatrième édition du festival, un road-trip surprenant à travers l’Inde.

 

La grande force de la série, c’est sa réalisation, à la photographie aussi léchée que n’importe quel documentaire. Une palette de couleurs très vaste, caméra à l’épaule quand il le faut… Tout est très réfléchi dans Ananda pour nous faire vivre l’action, à tel point que cela nous rappelle une autre série elle aussi qui vivifie ses idées de sketches, « Louie » (point Louis CK atteint). Le comique des situations paraît tout droit sorti de n’importe quelle fiction « touriste perdue dans un pays hostile »: taxi attrape-touriste, Indien très flegmatique mais intransigeant malgré ses rudiments d’anglais anémiques, vache un peu trop encombrante sur le chemin…. Ces situations arrivent à passer grâce à l’attachement envers cette pince-sans-rire d’Ana. Le générique également, est une réussite indéniable, fait d’instantanés probablement pris à New Delhi, dépeignant l’Inde comme une jungle démographique et un dédale. « Ananda », c’est la félicité en sanskrit, et c’est qu’Ana commence déjà à trouver, à travers ces montages de trajet sur une belle musique acoustique.

Omer et Amir, duo mystérieux et désopilant

Mais très vite, la rencontre de deux « citoyens du monde » va donner une teneur tout autre à la série. En effet, Omer et Amir ont un air de menace assez présent, mais se révèlent assez sympathiques, lui offrant une chambre dans un hôtel déserté en pleine nuit. Très vite, elle va hésiter à faire un bout de chemin avec eux, puis céder lorsque les conversations au téléphone avec Yonathan se font de plus en plus déprimantes. En effet, Yonathan lui suggère de rester là-bas, et qu’il a fait le point lorsqu’elle est partie, se sentant « libre »… Là encore, du classicisme de comédie romantique, mais qui sonne cru et juste, avec plusieurs répétitions de répliques pour bien souligner les difficultés de communication et la surprise d’Ana.

Ceux qui auront cherché un peu plus sur Ananda sur Google dénoteront que l’intrigue change de ton très vite, probablement dès le troisième épisode que je n’ai pas vu. Cela a à voir avec les personnages d’Omer et Amir, pas franchement rassurants. C’est d’ailleurs tout à l’honneur de la série de les dépeindre comme autre chose que des routards désintéressés au grand coeur. Bref, belle écriture, belle interprétation, réalisation bien (BIEN) au-dessus de la mêlée… Une seule question: à quand en France?