Pour sa quatrième édition, le festival parisien Séries Mania, qui tenait la semaine dernière au Forum des Images, n’a pas lésiné sur les séries britanniques. Elle a présenté au public beaucoup d’épisodes tirés de miniséries, comme The Fear ou encore Secret State. Arte a acheté cette dernière, qui se compose de 4 épisodes et a été diffusée sur Channel 4 l’an dernier. Un visage, reconnaissable entre milles, orne cette adaptation du livre « A Very British Coup » : Gabriel Bryne, dans le rôle du Vice-Premier Ministre Tom Dawkins. L’Irlandais est en tête d’un casting quatre étoiles, parmi lequel on retrouve le Tywin Lannister de « Game Of Thrones », Charles Dance. La séquence d’ouverture est presque irréelle, dans un paysage post-apocalyptique dévasté par une explosion d’une usine pétrochimique. Le Vice-Premier Ministre se tient là, sonné, devant ensuite répondre à l’ire des habitants, puis affronter la désinvolture d’une journaliste freelance, qui a mis la main sur un rapport des propriétaires texans de l’usine, Petrofex, sur les risques internes. Une crise qui en appelle une autre : le Premier Ministre se rend dans les locaux de Petrofex au Texas, pour négocier les dommages et intérêts directement avec la maison-mère. Mais au retour, l’avion affrêté par la compagnie ne répond plus. 48 heures après, on retrouve la carcasse de l’avion…

©Company Pictures - Newscope Films

©Company Pictures – Newscope Films

Dans ce contexte très préoccupant, Dawkins doit subir les quolibets du Parlement, à un mois de l’élection législative, et la non-coopération de Petrofex, alors même qu’il est informé de soupçons de toxines illégales par les médecins légistes chargés de l’autopsie. Le choix d’adopter le point de vue de Dawkins nous fait découvrir un homme d’Etat extrêmement seul, paraissant subir les évènements, très économe dans son expression. Il est pourtant débarrassé, en apparence, du cynisme qui traverse la majorité des fictions politiques de ce genre. Ainsi, Charles Dance, qui pourrait être le maître chanteur ou l’adversaire de Dawkins en tant que whip (coordinateur parlementaire, ndr), reste poliment en retrait et n’a que très peu de scènes dans ces deux premiers épisodes. Le combat pour la justice et la vérité de Dawkins apparaît sincère, mais la série multiplie les pistes d’enquête, jamais là où on l’attend.

Secret State

©Company Pictures – Newscope Films

Si la journaliste interprétée par Gina McKee (vue dans The Borgias) s’avère être un soutien de choix et une aide à l’enquête, on voit qu’en parallèle, une chargée d’écoutes des Renseignements Généraux britanniques, Agnes Evans (Ruth Negga), devient vite active, troublée par les conversations qu’elle espionne à distance. Ces deux premiers épisodes dévient très vite vers des terrains insoupçonnés, mais « Secret State » prête plus à confusion qu’elle ne donne à réfléchir. Le pourtant très charismatique Gabriel Byrne agit ici tout en retenue, ce qui n’arrive pas à donner du rythme à la série. Pourtant, celle-ci évite de tomber dans les ressorts grossiers du thriller politique, à savoir l’élimination de témoins gênants, de taupes ou de filatures à outrance grâce à une écriture au cordeau.