Njut ! La série à voir en ce début de printemps (printemps ?? où ça ?) est suédoise et s’appelle « Real humans ». Pour l’occasion, Arte a fait une campagne de publicité incroyable (des bandes-annonce dans les salles de cinéma !), et la presse n’en peut plus d’éloges. Curieuse, j’ai allumé ma télé hier soir à 20h50 afin de faire connaissance avec le prétendu bijou. et j’ai beaucoup aimé !

L’histoire de Real humans se passe dans un monde parallèle. Tout est semblable au nôtre, sauf que les hubots existent. Ce sont des robots qui ressemblent à s’y méprendre aux humains, qui sont vendus dans le commerce afin de remplir des tâches ménagères, industrielles, et même sexuelles. Ils sont bien utiles et rendent progressivement leurs aquéreurs accros. Alors que l’achat de hubots se généralise, certains refusent catégoriquement d’en avoir un, et collent sur la porte d’entrée de leur maison l’autocollant « 100% humain ».

Copyright SVT 1

Copyright SVT 1

On ne sait pas, effectivement, si le fait d’avoir un hubot est positif ou négatif. C’est comme toute chose : les dérives existent. Alors que certains sont cantonnés à leur rôle de ménager (ouvrier, ou autre…), d’autres sont clairement considérés comme des humains à part entière par leur acquéreur. C’est le cas de Pilar, tombée amoureuse de son hubot, avec qui elle espère avoir un jour des enfants… C’est aussi le cas de Lennart, propriétaire d’Odi, qui ne peut se résoudre à l’apporter au recyclage… L’homme a-t-il dénaturé lui-même sa création ? C’est l’hypothèse la plus probable.

Cette scène du recyclage est pour moi très représentative du postulat de la série. Lennart, un vieil homme seul, vit avec son hubot, qui lui fait le ménage, la cuisine, et les courses. Il est en charge de conduire la voiture dès que nécessaire, ce qui l’a amené à accompagner son propriétaire lors de nombreux trajets. C’est en compagnie de son hubot, que Lennart a vécu ses anecdotes les plus amusantes sur la route. Un jour, alors qu’Odi fait les courses au supermarché, il a un gros bug et commence à casser des choses. Les agents de sécurité du supermarché le déclarent défaillant, et Lennart est incité à l’apporter au recyclage. Il s’y rend, transportant Odi sur un chariot, éteint. Les portes du hangar s’ouvrent devant Lennart, qui découvre les hubots démembrés, nus, leurs regards semblant perdus, suppliants. Pourtant, leurs yeux de machines sont bien fixes, mais ils sont si semblables aux humains, et Lennart s’est attaché irrémédiablement à son hubot, qu’il considère comme son ami, peut-être même comme son fils. Il ne peut se résoudre à lui faire subir cela, et le rapporte chez lui pour le cacher dans sa cave…

Non loin de la ville où se déroule l’action, rôdent des hubots « autonomes », considérés comme « rebelles », que la « brigade des hubots » recherche afin de les remettre dans le circuit du commerce et du service à l’humain. Ils ont beau être des machines, avoir les yeux aussi inexpressifs que leurs collègues domestiques, on n’arrive pas à les cerner. D’où leur vient ce désir de liberté, qui les pousse à fuir, et à tuer si cela est nécessaire ? D’où pourrait leur venir cette méfiance, cette colère envers l’être humain, si ce n’est d’un cerveau ou d’un coeur non mécaniques ? Comment diable sont-ils fichus à l’intérieur ?

En effet, on passe notre temps à s’interroger sur ces hubots… On mettrait notre main à couper que leurs intentions ne sont pas toujours pacifiques, et leur manière de répondre aux humains semblent souvent ironiques. Pourtant leur visage est absolument inexpressif, ainsi que leur regard et les tournures de phrase qu’ils choisissent, mais c’est une impression qui ne nous quitte pas.

Copyright SVT 1

Copyright SVT 1

Les premiers rôles de Real humans sont assurés par Andreas Wilson, Lisette Pagler et Pia Halvorsen. Des noms qui ne nous disent évidemment rien pour le moment… A noter l’excellent jeu d’acteur des interprètes de hubots. Le maquillage est absolument parfait, le choix des vêtements également. Le côté mécanique et inquiétant des machines est rendu sans fausse note au niveau du regard et de la gestuelle. Mention spéciale à la famille Engman, famille « Ikea » s’il en est, parents aux métiers importants, trois petites têtes blondes trop choues, au coeur d’une jolie petite banlieue résidentielle, et intérieur « à monter soi-même » !

La série a une solide portée actuelle. On garde à la fin du deuxième épisode cette impression dérangeante, qui nous rappelle que oui, ce qui est différent fait peur, et cette peur engendre souvent l’irrationnel et les mauvais choix. Lars Lundström, le créateur, scénariste de Real Humans a choisi de traiter de ce point sensible de l’être humain, et le fait très bien.

D’ailleurs, il l’exprime lui-même (source : Les Inrocks):

“Au fur et à mesure que j’écrivais la première saison, je me suis rendu compte des sujets qui s’imposaient à moi. Je n’avais pas conçu Real Humans de cette manière, mais c’est bien une réflexion sur la société actuelle, l’immigration, les classes, les minorités. J’ai créé une métaphore du monde dans lequel nous vivons en Occident, que l’on soit suédois ou non, avec ses violences et ses inégalités, mais aussi ses progrès. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait un brûlot, plutôt un constat. Et j’ai préféré emprunter la voix indirecte que permettent les touches de fantastique. Dans la série, beaucoup d’éléments n’ont rien de réaliste, mais j’espère que les sentiments exprimés le sont.”

Copyright SVT 1

Copyright SVT 1

NB : j’ai lu des critiques rapprochant Real humans de Battlestar Galactica, mais comme je n’y connais rien, j’ai demandé à notre enquêtrice Audrey GDD, qui m’a répondu qu’à part l’histoire de la rébellion des robots que l’homme crée lui-même, l’histoire et moins guerrière et plus centrée sur la relation humain-machine. Une possible préquelle à Battlestar, peut être…

Saison 1 (10 épisodes) en diffusion sur Arte chaque jeudi à 20h50, 2 épisodes par soir.