« Entre amis » est une fiction. Une série de nouvelles qui se déroulent toutes au sein du même kibboutz. Amos Oz semble y dévoiler, par l’intermédiaire de différents personnages, ses souvenirs du kibboutz Houlda qu’il a lui-même intégré sous le Ministère de Ben Gourion. Il y révèle la complexité de cette communauté, réunie autour d’une même idéologie, d’une solidarité apparemment parfaite. Néanmoins l’humain reste humain, et seul même au sein d’un clan. Chacun a ses doutes, ses défauts, ses dérives.

Dans le kibboutz Yikhat règne l’esprit d’entraide, du travail en collectivité, de la sincérité et de l’harmonie. C’est l’équilibre qui doit perpétuer, mais ce n’est pas toujours simple. Certains dissimulent difficilement leur mal-être, leurs doutes, leur désir de liberté, de transgression, parfois de fuite.

C’est le cas de la jeune Edna, fille de Nahum, qui s’installe avec le professeur David, beaucoup plus âgé qu’elle, malgré la peine que cela procure à son père. C’est aussi le cas d’Ariella, pour laquelle Boaz a quitté Osnat, qui se demande si elle fait une bonne affaire et pourquoi ressent-elle cette tendresse envers l’ex-épouse ? Le petit Youval, qui doit aller dormir dans la maison des enfants, alors qu’il y est maltraité par les autres garçons. Et Henia, qui a très envie de transgresser les règles du kibboutz afin que son fils puisse aller étudier à l’étranger. Osnat, encore, qui s’occupe tendrement du vieux Martin. Martin qui aimerait avoir le temps d’apprendre l’esperanto aux habitants du kibboutz avant de mourir…

Oz

A chaque nouvelle son personnage. Amos Oz nous décrit leur situation familiale, amoureuse, professionnelle, mais surtout leurs états d’âmes. Tout en finesse et en subtilité, il parvient à nous faire comprendre ces doutes et ces douleurs, à nous les faire ressentir. La complexité de la vie en communauté est également parfaitement retranscrite, dans le sens où les personnages se retrouvent tiraillés entre cette existence solidaire dont ils sont en général reconnaissants, et cette envie, cet espoir, même, de liberté et d’indépendance.

Petite originalité dans la forme, qu’il n’est pas commun de voir dans un recueil de nouvelles : les histoires se font écho les unes aux autres. Les habitants du kibboutz se connaissent tous, en réalité ou de réputation. Il arrive parfois, alors qu’une nouvelle est centrée sur un nouveau personnage, que l’on en retrouve un déjà croisé.  Si une nouvelle a laissé le lecteur sur sa faim, qu’il soit rassuré, il connaîtra sans doute le destin du personnage dans la nouvelle suivante. Mais pas toujours : ce petit suspens est agréable et ne dénature la forme de la nouvelle, puissante car brève.

Photo : Daniel Dal Zennaro/EPA

Photo : Daniel Dal Zennaro/EPA

Auteur de romans, nouvelles, essais et d’articles engagés, Amos Oz est une grande figure de littérature israélienne. Son roman autobiographique publié en 2003, « Une histoire d’amour et de ténèbres », a remporté un immense succès.