Quand on se décide à voir ce genre de film à la promo putassière (oui j’aime ce mot), on sait que l’on va rencontrer beaucoup de gens dans la salle de ciné qui vont parler, rigoler pour rien, se moquer, bref un public comme je les déteste.

Et c’était absolument ça dans cette petite salle du 14è ce vendredi… Mais venons-en au film car il est vrai qu’il peut partager.

Beaucoup partait défaitiste sur le film avec un cocktail fête, beuverie, insultes et p’tits culs. Au final le film est… ce postulat mais avec un emballage plutôt travaillé. Le générique nous plonge en pleine fête sur une plage avec son lot de bière qui coule à flot de filles sans estime de soi et sans maillot de bain et des mecs qui s’agitent. Voilà. Le Spring Break caricatural c’est ça.

Dès le départ, Harmony Korine (scénariste de Larry Clark, on comprend mieux son penchant pour la forme érotique de l’adolescence) joue le tape-à-l’œil et présente ses héroïnes en train de se droguer, de fumer, de boire dans une esthétique assez clipesque. Il n’hésite pas à amener sa caméra au niveau de l’entrejambe des personnages en insistant un peu lourdement sur l’aspect érotisant. D’ailleurs les deux personnages principales que sont Candy (bluffante Vanessa Hudgens) et Brit (Ashley Benson) sont déjà présentées comme des grosses queutardes en plein cours soporifiques de fac.

©MuseProductions

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Cette scène de cours marque le début d’une recherche au niveau de la lumière. Korine utilise tout ce qui illumine son décor pour proposer des tableaux fluos d’une grande valeur visuelle. Par exemple, les écrans des ordinateurs de l’amphi qui font défiler un document coloré créent une palette stroboscopique. Ce genre de tics visuels se retrouvera tout au long du film que ce soit les bikinis qui ressortent en lumière noire ou les néons des couloirs, la lumière de la ville…

Niveau sonore, Korine expérimente aussi en ponctuant ses scènes de sons d’armes à feu. C’est percutant et donne un sentiment de persécution manifeste.

Spring Break Forever
Niveau narratif, Korine déstructure son récit à l’aide d’un montage parallèle totalement fluide. La scène commence dans la précédente comme pour amorcer un désir de raconter de souvenirs, des bribes d’histoires racontées. Il y a une volonté de créer le décalage entre les causes et les conséquences des actes des jeunes filles. Mis à part ce gimmick, Korine sait aussi se répéter pour installer un désir fort de montrer du doigt les étapes importantes du film. Si ce mécanisme dure une bonne heure et demi, le spectateur souffre. Il cherche à accrocher le récit qui n’arrive pas vraiment à décoller tant il survole son propos. Ca ne raconte rien pendant une heure trente, ça se répète, ça ne frôle aucun thème, ça n’est jamais vraiment transgressif et c’est surtout assez cliché. En gros, c’est très joli à voir mais impossible à suivre avec intérêt. Ce faux rythme est déstabilisant, c’est peut-être ça aussi la force du film. Il arrive à emporter son spectateur dans ses retranchements, « va-t-il lacher prise? ».  Jamais les scènes de spring break ne viennent interagir avec les personnages, on les voit, oui, mais on ne raconte rien sur elles à part leurs excès.

L’apparition d’Alien joué par un James Franco méconnaissable aurait pu donner cette impulsion nécessaire au récit. Hélas, le récit patine encore avec des scènes trop longues qui appuient des propos fallacieux.  La seule émotion se trouve dans le départ de certains personnages mais qui n’ont cependant aucun vrai impact sur la psychologie des personnages comme c’ils devaient absolument faire ce qu’ils doivent faire. Le film n’utilise jamais ses personnages et c’est bien regrettable.

 

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A ce titre, les coups de fils répétés à leurs mères sonnent bizarrement. Je ne crois pas au décalge voulu pour montrer qu’elels rassurent leurs parents en disant qu’elles s’amusent alors qu’elles sont embarqués dans tout autre chose. Je ne pense pas que c’est vraiment un coup de fils à leur figure maternelle, leurs propos sont quasi identiques à chaque fois et leurs paroles sonnent faux. Je penche plutôt pour une sorte de gourou, de personnage qi les encadrent, les poussent, les éduquent dans ce qu’elles sont, ont été et vont devenir. On le voit, Brit et Candy mènent la danse et dans la scène où elles racontent le braquage, le récit prend une forme quasi violente et dévoilent un pan psychologie intéressante des filles.

On pourrait trouver tous les défauts possibles à ce film mais il y a toujours une lueur comme la scène « Everytime » d’une folle ambiance pop / anarchiste. Ne vous attendez pas aux aventures springbreakesques de 4 filles délurées, c’est surtout l’histoire d’influences qu’elles soient humaines ou matérielles. Le Spring Break semble être leur expérience ultime vu le propos répété maintes fois.

Orgie visuelle et sonore, Spring Breakers réussit le pari de faire parler de lui pour d’autres raisons que ses affiches. Les actrices sont convaincantes et cassent leur fameuse image « Disney » ou « de série ado » notamment dans une scène à trois assez sensuelle.