Frank et April Wheeler sont un couple de jeunes américains, qui vivent à quelques kilomètres de New-York dans une jolie résidence. April y élève leurs deux enfants, tandis que Frank prend le train tous les jours pour aller travailler chez Knox, où travaillait déjà son père avant lui.

La-fenetre-panoramique

Le début du roman donne le ton : April, qui a participé à une pièce de théâtre via une association de quartier, est terriblement déçue de sa prestation et de celle de la troupe en général. On apprend qu’elle aurait voulu être actrice, qu’elle s’est mariée et est tombée enceinte très tôt, qu’elle a mis ses rêves de côté pour offrir une vie confortable à ses enfants. Avec aigreur et ressentiment, April décide de ne plus parler à son mari. On comprend qu’elle lui en veut indirectement d’avoir cédé avec elle à cette vie si rangée et monotone, de n’avoir pas davantage lutté pour suivre les rêves qu’ils avaient en commun.

 

Quelques jours plus tard, April sort de sa torpeur et communique de nouveau avec Frank. S’en suit une discussion saine et honnête, lors de laquelle ils décident de tout quitter pour aller vivre en Europe…

Ils prennent alors leurs dispositions pour vendre leur maison, et quitter le pays dans les mois suivants. Ils l’annoncent progressivement à leur entourage, leurs voisins et amis les Campbell, leur agent immobilier Mrs Givings, le directeur de Frank… Tous regrettent qu’ils partent, regret qui naît d’une jalousie : la jalousie de n’avoir pas eu le courage eux-mêmes, d’aller voir au-delà de leur bien propre et jolie fenêtre panoramique.

Malgré l’influence directe qu’il a eu sur des écrivains tels que Raymond Carver et Richard Ford, Richard Yates a bénéficié d’une reconnaissance posthume, aidée en 2009 de l’adaptation cinématographique de La Fenêtre panoramique réalisée par Sam Mendes (Les noces rebelles en français).

Il est aujourd’hui qualifié de « classique ». C’est une bombe qu’il avait lâché à l’époque, aussi bien dans le fond que dans la forme. Il égratigne subtilement le rêve américain, dans un texte qui n’en a pas l’air, et qui décrit dans une fausse simplicité les différents états d’esprits de Frank et d’April.

© DreamWorks Pictures

© DreamWorks Pictures

La nouvelle jaquette du roman (collection « Pavillons Poche » chez Robert Laffont) intègre l’affiche du film. Adaptation plutôt réussie, qui traduit parfaitement l’atmosphère lancinante du roman.

Frank et April (un peu trop beaux, peut-être, dans le film) sont bien interprétés. On saisit le paradoxe de la situation : avoir tellement envie d’être des parents exemplaires, de répondre au modèle de la banlieue résidentielle, et en même temps cette certitude vaniteuse de valoir mieux que tous les autres, d’avoir compris que la vie ce n’est pas ça, et qu’ils méritent un quotidien qui les élèvera vers autre chose.

© DreamWorks Pictures

© DreamWorks Pictures

Lire La Fenêtre panoramique, c’est un peu comme se confronter à ses démons. Ceux qui nous répètent que la vie est censée être plus extraordinaire que ça, et qu’on manque de courage, pour aller voir ce qu’il y a, au-delà du bout de notre nez. Les personnages de Frank et d’April nous ressemblent, chacun dans leur genre. Frank qui est persuadé de valoir mieux que son père, ce brave travailleur qui a su s’élever au-dessus du lot en collaborant avec le directeur de son entreprise, et qui a réussi une vie de famille stable, bien comme il faut. Non, Frank n’est pas le même, lui a envie de découvrir sa véritable ambition, d’être connecté à sa réelle personnalité, ne pas se mentir, et aller vers ses rêves. Malheureusement, il finit toujours par se faire rattraper par le quotidien. Alors non, ce n’est pas de sa faute s’il faut remettre à plus tard les projets d’aventures.

Quant à April, actrice ratée devenue mère de famille trop tôt, elle a davantage conscience de son mal-être, et de sa difficulté à revêtir chaque jour des vêtements de parfaite femme d’intérieur. Elle dérape en paroles plus facilement que son mari, qui lui conseille d’ailleurs vivement de suivre une psychothérapie. Il est important d’être bien dans ses pompes et de savoir pourquoi on fait ou ne fait pas les choses. Le souci, c’est qu’April n’en sait rien. Pourquoi elle en est arrivée là, alors qu’elle avait imaginé tout autre chose. Elle se croit un peu folle, se sent un peu proche du fils de Mrs Givings, John, qui lui est fou déclaré, et qui ne se gêne pas pour dire ce qu’il pense. Mais il a le droit, il est malade.

Jusqu’où les excuses sont bonnes pour ne pas au moins tenter de réaliser ses rêves ? Le couple ne sait pas bien s’il doit être qualifié de raisonnable, ou de peureux…

 

[box_light]Diffusion des Noces Rebelles ce dimanche 24 février sur HD1.[/box_light]