Soyez le juge : Vis ma vie de juré

Soyez le juge : Vis ma vie de juré

Un beau jour, vous recevez dans votre boite aux lettres une enveloppe portant le sceau de la Cour d’Assises. Vous avez un petit coup de chaud en vous demandant quel crime vous avez bien pu commettre sans le savoir. En fait vous avez « simplement » été tiré au sort sur les listes électorales pour être juré et ce courrier vous dit gentiment que si vous ne remplissez pas ce devoir civique, à moins d’avoir une bonne excuse, vous devrez payer 3000 euros et des brouettes d’amendes.

Croyez-moi, vous avez tout intérêt à vous présenter, déjà pour le bien de votre compte bancaire, mais aussi car il s’agit d’une expérience unique dans votre vie. Faire entendre votre voix pour rendre la Justice, ne vous arrivera pas tous les jours.

En pratique, vous devez vous rendre disponible pour une session de deux ou trois semaines qui comporte plusieurs affaires. La session débute par une journée d’information où on vous explique qu’il faut vous présenter au début de chaque affaire pour un second tirage au sort qui décidera qui des jurés siègera effectivement aux côtés des juges. Un jury est composé de trois assesseurs (un président et deux juges) et de huit jurés.

On vous briefe également sur la façon de vous comporter, les attitudes à ne pas avoir afin de ne rien laisser transparaitre de vos émotions ou de vos convictions.

lesdessinsdejcbauer.blogspirit.com

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Pour remettre les choses au clair, la Cour d’Assises traite les crimes: meurtres, assassinats, viols… Que des trucs légers et sympas.

J’ai eu l’honneur d’assister à une affaire qui a duré trois jours. Le sujet ? Viol sur mineur.

On arrive avec beaucoup d’idées reçues. On a regardé « Les Experts » ou autre séries dans le genre. On a vu des reportages à la télé. Mais la télé c’est pas la réalité, comme on dit. Et surtout dans ce cas-là. Croyez-moi, on n’est absolument pas préparé à ce qu’on peut entendre dans la salle d’audience. On se retrouve face à des histoires sordides, face à de la souffrance humaine et des histoires de vies tragiques. Rien ne nous prépare à devoir gérer les témoignages, les émotions, les réactions, la négation, le mensonge, les pleurs, la dévalorisation.

En tant que juré, on doit prêter le serment de « n’écouter ni la haine ni l’affection en se rappelant que l’accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter ». Pendant plusieurs jours, c’est une lutte entre notre intime conviction et notre devoir de neutralité, des cas de conscience : notre voix influencera en partie le sort d’un homme.

Après plusieurs jours, durant lesquels ont défilé victimes, témoins, experts,  arrive le temps des plaidoiries et celui des délibérations. Celui là peut durer plusieurs heures. Cinq heures en l’occurrence, « pour l’affaire qui nous occupe » comme on dit. La tension est palpable. Aucune des positions n’est évidente : l’accusé redoute le jugement et de passer du statut d’accusé au statut de condamné, et le plaignant espère que la Justice fasse son job et qu’on le reconnaisse en tant que victime.

Lors de ce temps de délibération, chaque juré et chaque juge expose son intime conviction avec arguments à l’appui. Au moment du vote la question qui se pose est « l’accusé est-il reconnu coupable ? » . Il suffit d’écrire « oui » ou « non » sur un morceau de papier. Le vote est anonyme.
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Le jugement est rendu. On s’attend à un clap de fin théâtral et plein d’emphase pour marquer la fin de l’audience. En fait, elle finit comme elle a commencé. Simplement. Le Président annonce que l’audience est fermée et chacun quitte la salle pour retourner à sa vie. On vous relâche donc dans la nature avec vos émotions refoulées et ce bagage d’informations emmagasinées depuis plusieurs jours. Vous ne savez pas quoi en faire, ni comment les gérer. Mais ça passera.

Etre juré c’est une parenthèse dans une vie. Une parenthèse marquante mais enrichissante. Quelques jours que l’on passe dans l’intimité de quelqu’un d’autre. On vit en autarcie. De 9h le matin à des heures avancées de la soirée. On rentre chez soi, bouleversé, rien n’a réellement de sens, tout parait bien futile, on va se coucher et on se lève le lendemain pour retourner être le témoin de la détresse des autres. Une personne un minimum empathique et sensible n’en ressort pas indemne.

Et si vous êtes curieux de savoir comment un avocat défend un accusé, ce qu’il fait le temps des délibérations, je vous conseille ce blog plutôt pas mal foutu:

http://www.maitre-eolas.fr/

Zach Weiner – http://cereales.lapin.org/

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6 Comments

  1. Combien de jours et combien d’affaires tu as du faire du coup ?

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  2. une affaire sur trois jours. certains ont été tirés au sort pour toutes les affaires de la session: trois affaires et 10 jours de présence!

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  3. Question d’ordre pratique : tu n’as donc pas pu aller travailler ces jours-là, je suppose. Es-tu défrayée? Quels frais prennent-ils en charge?

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  4. Autre question qui me vient à l’esprit 🙂
    Es-tu autorisée à parler de l’affaire en détails (que ce soit pendant ou après le verdict) avec qui tu veux ou bien tu signes une clause? Par exemple, as-tu le droit de nous donner ton verdict et le verdict final?

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    • je n’ai pas travaillé, dans la fonction publique normalement on ne t’enlèves ni argent ni RTT. mais dans ma convention collective rien n’est prévu j’ai du poser des RTT ou du sans solde. Tes jours de présence au tribunal te sont également payés par le tribunal. c’est jackpot. je n’ai pas le droit de parler en détail de l’affaire surtout quand c’est à huis clos. et encore moins du jugement! il faut prêter serment. c’est sur l’honneur

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  5. Perso je pourrais pas jurer sur l’honneur… je suis trop une commère

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