Django Unchained avait son avant-première au Grand Rex. Pour une fois, je n’étais pas du côté du tapis rouge mais dans la salle à attendre.

Je retrouve notre bon vieux Quentin au Grand Rex pour l’avant première de son dernier film. Il est présent avec Samuel L Jackson, Christoph Waltz, Kerry Washington et Jamie Foxx. Si le réalisateur est très à l’aise et alerte avec ses fans, il en est tout autrement pour Foxx qui semble totalement ailleurs et sélectionne ses signatures à poser.

L’équipe arrive sur la scène du Rex, Tarantino nous livre un « VIVE LE CINEMA » tonitruant, demande au public s’il est prêt pour ce fucking movie et balance le micro à terre sous les yeux hilares de ses collègues.

Le film commence. 2h45 plus tard, me voilà circonspect. Ce n’est pas nul mais je me poste de suite comme défenseur des contres. Oui Tarantino est bon mais non il n’est pas Dieu. Ses gimmicks sont encore là et il fallait activer le bouton *Mode Tarantino* pour apprécier. Le public a ri beaucoup (trop) de fois, j’étais inerte.
Il y a beaucoup de facilités dans le script de Tarantino, les scènes sont d’une banalité rare mais il y a ce petit quelque chose qui fait que l’on sait que ce n’est pas nul. Le spectateur a vraiment la caution Tarantino dans la tête et tout devient intouchable.

Django Unchained est l’histoire de Django, esclave libéré par le Dr King Schültz, chasseur de primes qui recherche des personnes que seul Django aurait vues. Quand ce dernier lui apprend qu’il recherche sa femme, toujours esclave, le duo va sillonner l’Amérique.
J’ai retrouvé les mêmes sensations que pour Basterds, la fatigue de la salle de ciné en plus. La structure semble relativement identique, un personnage va sillonner la ville, le pays, rencontrer des personnes, discuter longuement avec eux et les éliminer.

Django

@Sony

Le contexte historique de la seconde guerre a ma préférence, c’est pour quoi Basterds aura ma petite préférence. Django possède tous les codes du western moderne sans les gros clichés du gros plan sur les regards, les duels au pistolet. En fait, les codes sont là mais Tarantino ne joue pas avec. Il faut cesser de croire que le réalisateur détourne à chaque film les codes d’un genre. Kill Bill a été son joyau multi référentiel, point. Inglourious est un film de guerre sans en être un, à l’esprit très 70/80 mais en rien une relecture du film de guerre.
Le script devient de plus en plus facile dès qu’on approche de la fin. La palme revient aux dernières séquences où Django semble vraiment aidé par le scénariste… et des personnages idiots. La fin très longue m’a gonflé et je trouvais le temps très long.
La première partie du film est rythmée, intéressante, très bien construite où Tarantino sait utiliser son style avec des scènes jamais éternisées par des dialogues pauvres, ici tout se construit… j’ai noté une importance certaine du son comme dans tout bon vieux western, les lattes de cigarette, les crosses de flingues, les pantalons serrés, tout s’entend. La seconde l’est un peu moins avec un côté très posé, basé sur des échanges verbaux qui font monter la sauce.

Il y a des moments très surfaits, dispensables, comme quand on insiste sur une poignée de mains qui annihile tout suspens. Tarantino a créé le cinéma de la non-attente. On attend quelque chose qui va venir, ce n’est plus du suspens, il a créé la « récompense » ! Dans les moments réussis, notons une scène très drôle à base de sacs qui fera à coup sûr rire la salle.

Les acteurs sont vraiment très bons, mention spéciale à Samuel L Jackson méconnaissable qui joue un domestique grand gueule de 76 ans. Je ne sais pas si Waltz joue comme ca tout le temps ou si son perso était un copié collé mais il est le pendant Far West de son rôle dans Basterds. Il a cette gestuelle précise, ces moments de pause, cette manie de se préparer à parler et à poser sa prose qui est fascinante et frustrante. ON aime pendant un temps puis on est irrité.

Django

©Sony

Tarantino se prend à son propre piège de l’autosatisfaction et se gargarise de son scénario pendant la dernière heure. Un autre réalisateur et le même film auraient sûrement donné une autre critique. Etrangement, son aura pèse trop sur le film.
2h45 de film étaient peut-être un peu trop mais il en ressort que pour les amoureux de film divertissant, sanglant, bien emballé et plutôt bien troussé, Django Unchained est là. Pour les amoureux de Quentin, c’est une réussite. Pour le spectateur tatillon comme moi, jamais à l’abri d’aprioris c’est plus complexe. Du « bon  » Tarantino, je ne peux plus ou pas savoir ce que c’est, c’est un style qui me dépasse légèrement, il y a comme une facilité à faire du Tarantino, déplaisante et coupable, mais c’est lui alors on lui pardonne peut-être un peu trop.

Vous comprendrez que cette critique est comme celle de The Hobbit, à tendance négative mais avec une note finale positive. Le film est bon mais la manière et le contexte le sont moins.