Avec la collaboration d’Audrey

Après les très bons deux premiers épisodes, on attend lundi prochain pour savoir si la série va confirmer son potentiel !

Ecrire sur une série n’est jamais facile pour un amateur non professionnel (entendez par là qu’écrire tient plus de de l’amusement que de l’article conventionnel). Cela dit, être un amateur de série sous-entend qu’on en a suffisamment vu pour être capable d’apprécier quand le produit est bon ! Mais cela sous-entend aussi que l’on aime beaucoup les série américaines, alors quand on nous propose de regarder sur Canal + une série française, tout de suite, des images traumatisantes (voire un léger saignement oculaire) de Julie Lescaut et de Joséphine ange-gardien nous reviennent en mémoire… (note de Wit : Canal a quand même fait des séries françaises de qualité ^^)

Pourtant, dans une grand élan de courage, nous nous sommes lancées dans le visionnage des Revenants. L’action se déroule dans une petite bourgade bucolique entourée de montagnes et surplombée par un barrage. Au demeurant sympathique, le petit village a la particularité de voire réapparaître ses morts, ou plus précisément certains de ses morts. Pourquoi et comment, voilà tout l’intérêt de la série.

© Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

Chaque personnage est spécifique,  mais ce qui m’a frappée dès le début, c’est un étrange air de déjà-vu… Mais où… Et puis ça m’est revenu d’un coup : il y a du Twin Peaks dans cette série !

Si la réalisation n’est pour l’instant pas aussi maîtrisée que celle de David Lynch (et pour cause, hein !), force est de constater que l’image est belle (en tout cas pour une série française), le scénario travaillé, l’ambiance pesante à souhait : une petite pépite, un ovni, bref, une bonne surprise ! Si dans Twin Peaks le feu marchait avec les habitants, ici on sent bien que l’eau sera ZE élément du scénario ! Si le FBI n’est pas là, la gendarmerie, elle, est bien présente, car elle aura fort à faire… En effet, il n’y a pas que les âmes innocentes qui se réveillent…

Dans le premier épisode, on voit tout d’abord réapparaître Camille, quatre ans après son accident de car, puis Simon, dix ans après sa disparition mystérieuse, Victor, et d’autres… Interloqués, les habitants vont peu à peu prendre en compte ces retours, et tenter de les comprendre. La surprise est partagée, puisque ces revenants ne se souviennent de rien, ne savent pas qu’ils sont morts et retrouvent leur entourage changé, car le monde a continué sans eux, qui n’ont pas vieilli.

Les scènes de retour des morts sont extrêmement pudiques. On entrevoit la peur, l’horreur, l’émotion, l’incompréhension, doucement sur le visage des acteurs. Le rythme est très lent, qui sert le côté mystérieux des retours. Les dialogues sont courts, on va à l’essentiel. Les émotions n’en sont que mises en valeur. Du coup, on ne les voit pas, on ne les entend pas, mais on les ressent.

© Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

Dans une interview, le créateur de la série explique le décalage qu’il a voulu montrer entre les vivants et les morts. Les morts qui reviennent donnent un nouveau souffle de vie à ce village sinistre, dans lequel les vivants ont l’air de zombies…

L’intention de Gobert est visible dès les premières scènes. Un groupe de parents se rassemble régulièrement pour parler de la mort de leurs enfants dans un accident de car quatre ans auparavant. Ils sont gris, ils sont détruits. La mère de Camille a l’air d’un fantôme, à errer dans sa maison, quand soudain Camille revient. Elle ne se souvient de rien, elle sait juste qu’il s’est passé quelque chose d’étrange lors de ce voyage scolaire, elle a très faim et pille le frigo. Elle est rousse, porte des vêtements colorés, elle est drôle et pleine de vie, contrairement à sa mère qui respire à peine. Au fil de l’épisode, Camille va apprendre ce qui lui est arrivé et commencer à douter. Elle sera moins drôle, moins dynamique, mais toujours pleine de vie, alors que sa mère continuera à porter les marques de cette disparition violente survenue quatre ans auparavant. Comme si le retour n’y faisait rien.

© Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

Rien à voir avec Walking Dead (je fais la comparaison toute seule, car j’y ai pensé à la lecture des deux synopsis), les morts ne reviennent pas sanglants et flippants. Ils sont « normaux », ils parlent, mangent, dorment (même peu).

Le plus effrayant dans la série (oui j’ai quand même eu un peu peur ^^), c’est cette réflexion à laquelle elle nous invite. Réflexion sur la vie, nos proches, le fait qu’il est possible de perdre les gens que l’on aime, tout en sachant qu’on peut ne jamais s’en remettre. Réflexion aussi sur la rigidité et l’auto-défense de l’esprit, qui s’habitue à de nouveaux schémas le plus vite possible, pour survivre, et qui parfois reste à côté de la réalité.

Les vivants ne peuvent pas accepter totalement le retour des morts. Ils n’ont pas appris à prévoir cette éventualité, et la possibilité que la machine s’inverse et de les perdre encore est trop inadmissible pour qu’ils prennent le risque de considérer leur retour pour acquis.

© Canal + (France)