Son Zénith en juin m’avait laissé un petit goût d’inachevé. Toujours un immense plaisir de la voir sur scène, bien sûr, mais les quelques moments de grâce pendant « Flinch », « Uninvited » ou encore « Thank you » ont été trop rares, entrecoupés des chansons du dernier album, qui est loin d’être aussi bon que les précédents. Même si j’aime beaucoup « Guardian » ou encore « Havoc », je n’ai pas eu de coup de foudre, à mon grand regret, et il me prend d’écouter ces chansons encore et encore, à la recherche de cette force dont elle ne manque en général pas. Où est-elle ? Alanis est-elle en manque d’expérience à raconter ? Ne sait-elle parler que de rupture, de souffrance et de remise en question ?

Cette tournée « Guardian Angel Tour » est néanmoins une sorte de retour en arrière. C’est le retour des cheveux très longs, des vêtements mal choisis, des gestes de junky et des yeux grands ouverts, perdue dans ses pensées.

Elle a pendant quelques temps (la période pendant-et-après-Ryan-Reynolds) soigné son style rock, vêtements et cheveux noirs, moins naturelle.

Cette période a certes donné le sombre et bel album « Flavors of Etanglement » avec des textes extrêmement justes sur la rupture amoureuse tels que Not as we et Moratorium.

Par contre, si le style est redevenu le même qu’en 2000, l’état d’esprit a changé, et c’est tant mieux pour elle, un peu moins pour nous… Envolée la sincérité lors d’Uninvited, l’empathie lors de Flinch, la colère lors de You oughta know. J’aurais préféré qu’elle fasse cette dernière en acoustique ; la version rock sans colère n’a pas lieu d’être, alors qu’une version nostalgique à la guitare sèche aurait mieux convenu.

Souleye, « monsieur Morissette » depuis 2012, fait la première partie. Public surpris, totalement immobile pendant deux ou trois chansons : le style est trop différent de celui d’Alanis, on n’est pas venus pour ça ! Il se démène, un peu timide au début, et puis hop il retire sa veste, transpire un peu, et prend son pied. On est presque attendri devant ce jeune rappeur qui cherche encore son style, semble-t-il, rejoint lors de la cinquième ou sixième chanson par Alanis. L’air de rien, elle déboule sur scène et chante quelques couplets. Le public, encore plus surpris de cette entrée inattendue, applaudit tout en se demandant ce qu’il se passe. Un petit bisou à la fin de la chanson, « See you later » et elle repart comme si de rien n’était.

Le retour d’Alanis se fait sur I remain. Jolie chanson lancinante aux accents orientaux. Puis, les classiques toujours efficaces All I really want, Head over feet, 21 things I want in a lover. Les chansons du dernier album donnent l’impression de casser le rythme. Le public y reste attentif, mais comme un peu sonné, déçu de ne plus pouvoir chanter car il ne connaît pas les paroles…

Mon moment préféré : Mary Jane. Une surprise : Alanis s’applique, cela se voit, mais c’est appréciable. Elle clarifie sa voix autant que possible. Voix un peu cassée ces derniers temps, ce qui lui vaut des critiques négatives. Quelle importance qu’elle ait mûri : cela n’est pas gênant dans la mesure où ce qu’elle nous raconte sonne toujours juste.

Excellente surprise : le rappel acoustique. Alanis s’installe sur une chaise haute pour chanter Hand in my pocket et Hands clean, que je n’avais jamais entendu dans cette version. Un peu déçue tout de même, car je trouve la version rock très efficace et servant bien les paroles, mais Alanis continue de nous surprendre en faisant a-cappella la B-side de l’album « Jagged Little Pill » : Your house. Un grand moment de frisson. Même l’hystérique à ma droite, qui connaissait tout par cœur, s’est calmé.

Un public réactif et averti, à part un au premier rang qui s’est gouré de concert en brandissant fièrement sa pancarte « You were born this way »… Lady Gaga, c’est à côté !

La dernière chanson du rappel est un Thank you souriant et dynamique. Bien loin de celui qu’elle chantait il y a quelques années, triste et vain, après sa rupture avec ce couillon de Ryan Reynold.

Thank you, c’est le voyage initiative en Inde à la fin des années 90, pendant lequel elle a tenté de digérer l’une de ses (nombreuses…) ruptures amoureuses, celle-ci plus coriace que les autres. Des paroles très simples, mais terriblement efficaces.

La dernière chanson me laisse dans un état second. Les paroles me reviennent et m’habitent, comme chaque fois. Comme si la remise en question était contagieuse, mais elle ne me fait pas pour autant oublier le joli concert auquel je viens d’assister.

 

Setlist :

I Remain

Woman Down

All I really want

You learn

Guardian

Mary Jane

Receive

Right through you

So pure

Ironic

Havoc

Head over feet

21 things I want in a lover

Uninvited

You oughta know

Numb

Hand in my pocket

Hands clean

Thank you