L’ancienne maison dans laquelle j’ai habité a été cambriolée il y a peu.. des pc ont été volés. J’ai alors pris conscience que si mon appartement venait a se faire visiter, des dvd ou une télé seraient clairement moins désastreux que mon pc qui me suit depuis des années. Ma vie est dans ce PC, mes souvenirs, mes projets, mes habitudes.

 

Il est rare quand vous revenez chez vos parents de déballer les souvenirs sur leur ordinateur. Vous ressortez les albums photos coincés sous l’armoire. Ce voyage dans le passé est accompagné des supports du passé. Le charme n’est peut-être pas là quand vous regardez une vieille photo sur votre tablette.

Les dossiers ont remplacé les gros albums photos… les problèmes de format photo sont remplacés par des « tu peux zoomer ».

L’immatériel oui mais l’immatériel se matérialise en données. Il est plus facile de racheter que de refaire des souvenirs… alors quand on accumule chaque mois des octets de photos, vidéos, statuts, discussions, on est en droit de faire la gueule et de trouver ça injuste que son disque dur lâche.

Est-ce que la technologie a changé la perception de nos souvenirs ? La limitation de la pellicule photo a t-elle débridé notre désir de vouloir tout préserver dans une carte 16 go ? On enchaîne les photos, les souvenirs sont immortalisés en une fraction de seconde, transférables,  modifiables et consultables en l’instant. L’immédiateté du souvenir existe t-elle ?

J’ai été longtemps un individu coincé dans le Hoarding, l’accumulation maladive. je gardais tout, « okaou ». j’étais assez intransigeant sur le fait de ne pas toucher aux objets de peur de les abîmer, puis de plus en plus, la pliure, la déchirure, la casse n’avaient plus le même impact. je n’étais plus dans la rage folle et impardonnable mais plutôt dans le « Séfébisme », traduisez « c’est fait, c’est fait ». J’accordais de moins en moins d ‘importance à l’objet. Peut-être le manque de place progressif doublé par l’impulsivité des achats m’ont fait prendre conscience qu’avoir un objet, l’exposer et finalement le faire fondre dans le décor n’était pas quelque chose d’enrichissant.

Alors non je m’arrêterai pas de collectionner mais j’ai moins l’envie compulsive de posséder. Je suis passé du Having au Being.

Piégé par le matérialisme, j’étais aussi devenu prisonnier d’une certaine avarice. Je préférais dépenser pour un DVD collector plutôt qu’un restaurant. Pourquoi? La soudaineté du restau non réfléchi, la fugacité du souvenir et du repas ne faisaient pas le poids face à l’immortalité de l’objet dans son étagère.

Mais ça c’était avant. J’avoue, je suis encore un peu comme ça mais beaucoup moins. Je rejoins alors la conception du « être et avoir » venant de Fromm, psychanalyste et philosophe.

Le choix que l’humanité fera entre ces deux modes d’existence dépend sa survie même. Car notre monde est de plus en plus dominé par la passion de l’avoir, concentré sur l’acquisivité, la puissance matérielle, l’agressivité, alors que seul la sauverait le mode de l’être, fondé sur l’amour, sur l’accomplissement spirituel, le plaisir de partager des activités significatives et fécondes. Si l’homme ne prend pas conscience de la gravité de ce choix, il courra au devant d’un désastre psychologique et écologique sans précédent…
– Avoir ou être ? – Erich Fromm

Si je simplifiais le concept je dirais que la vie est courte et qu’il faut profiter un maximum. Oui mais le raccourci est la prote ouverte aux excès et il faut raison garder (j’ai toujours voulu dire cette expression)

Le plaisir d’avoir et la joie d’être sont deux conceptions opposées mais aucunement incompatibles. J’ai longtemps accumulé les choses, beaucoup ne trouvait pas ça justifié, normal ou encore compréhensible. Peut-être avais-je davantage foi en des objets plutôt qu’en des personnes ?

Je ne dis pas que c’est différent, j’ai un naturel pessimiste qui me préserve des déceptions et certaines personnes peuvent me le reprocher mais globalement le concept d’être est aussi fondé sur le partage. Alors oui, voyager, réfléchir, penser, aimer, discuter sont des notions que j’aime de plus en plus et j’aimerais ne pas être le seul. Mon vieux rêve est d’un jour changer le monde, ce n’est pas pour rien que je pense tout ça…

Après cette incartade philosophique, revenons à nos octets. Dans nos ordinateurs s’accumulent photos ratées, vidéos à oublier et sûrement textes et projets inaboutis comme des budgets pour des voyages  des bucket-lists ou des mails jamais envoyés. La facilité que l’on a à pouvoir stocker n’a pas l’air d’avoir débrider les relations humaines. Nous n’avons jamais été aussi seuls et isolés. Chacun discute par SMS, via Facebook, tout le monde est « amis », tout le monde peut se rencontrer, les flash-mobs, les grandes opérations collectives sont lancées mais l’être humain ne partage que très peu. Je généralise peut-être, je suis quelqu’un d ‘assez solitaire (ma vie ne m’a pas offert de grandes bandes de potes soudées, au grès de mon parcours scolaire jonchée de choix plus ou moins discutables je n’ai jamais voulu ‘m’attacher aux gens de peur de les perdre, et souvent c’était le cas quand même. Ma faute ?

Si les réseaux sociaux sont des tombes de nos souvenirs, il reste encore des sujets à aborder entre amis puisque tout le monde sait ce que tout le monde fait.

-Je suis allé au parc Astérix !
-Oui j’ai vu ça sur Facebook !

Le téléphone et l’ordinateur sont les deux choses les plus utiles au monde actuellement pour lier tous les gens. D’un clic on crée la relation et le souvenir. J’avais lu un article intéressant sur les utilisateurs de Facebook qui décèdent. Que deviennent leurs profils ? Qu’en faire ? Les gens s’exposent au monde entier. sommes-nous en train de créer le plus grand Memento Mori qui n’ai jamais existé ?

J’ai quitté Facebook pendant un mois et demi, j’ai pu faire beaucoup d’autres choses, j’avais la force de le faire. Désormais je me questionne. Et si je faisais enfin ce que j’ai envie de faire même si je suis seul ?
Si je peux photographier ce que je veux, quand je veux, partager la photo à 200 « amis », prévenir mes parents que j’arrive en un seul mail qui prend trente secondes, regarder une série sans attendre sa diffusion, alors pourquoi je ne laisserais pas mon « moi » virtuel à sa place et déciderais de recréer un vrai « moi »… il serait temps.

Ma vie pèse 500 gigas… et je ne compte pas la formater maintenant.