Première partie d’une série de pensées sur la vie en général, le déménagement en particulier.

Qui a déjà déménagé ? je pense que pas mal de mes amis l’ont déjà tous fait, certains plus souvent que d’autres. Avoir un chez soi est une formalité. On peut adorer son appartement, sa maison familiale mais partir est devenu quelque chose de moins désastreux au 21è siècle.

La plupart du temps, on déménage car c’est trop petit, trop cher, trop loin, rarement parce qu’on ne s’y plaît plus. Quelquefois, on accepte un logement par défaut car le temps nous presse, les doubles loyers s’accumulent… Il n’est pas rare de se résigner à prendre un logement par peur de ne rien trouver après.

Ca m’est arrivé. Ca ne veut surtout pas dire que l’on ne se plaira pas dans son nouveau chez soi mais ça pousse à certaines obligations. Au revoir l’achat d’une télé 125 centimètres, au-revoir l’armoire de grand-mère trop imposante.

Je jette mon clic-clac ? Je trierai après… Ah, je retrouve enfin le bouchon de mon stylo !* 

Quand le départ est arrêté, plusieurs questions se posent, la première est la date du déménagement. Avec de la chance, le déménagement se fait quand le préavis se termine. Au contraire, si le double loyer est de mise, on peut sereinement,  aller à son rythme. La recherche du carton devient une quête quotidienne, on guette les supermarchés, les magasins qui mettent au rebut des dizaines de ces petits trésors qui vont devenir la nouvelle déco envahissante dans les jours et semaines à venir. Il ne faut pas oublier son partenaire de toujours, le rouleau de scotch marron.

Les cartons s’entassent, la corvée se poursuit mais c’est avec un certain plaisir que l’on referme et inscrit « divers » ou « cuisine » sur la face. On se rend compte qu’au-delà du feng shui personnel du futur ex-appartement, il y avait beaucoup de choses rangées et qui n’ont jamais été déplacées. La vitesse éclair à laquelle la question de l’utilité de ce qu’on emballe n’est que proportionnelle au plaisir que l’on aura à déballer et ranger ça à « sa place ».

 

Quid de ces livres que je n’ai jamais rouverts ? De ces cours de fac qui « pourront servir un jour » ? De ce pull que je viens de retrouver en fin de tas ?

Ce fameux carton « divers » est celui que l’on vide en dernier. On y trouve une ampoule dont on ne sait pas si elle est grillée ou non, des prospectus de restaurants, des cadres photos, un pot à crayon, des post-its que l’on garde « okaou », une guirlande électrique qui ne doit plus marcher, un CD sans boitier, des vis, une clé coudée, un adaptateur secteur d’origine inconnu, un paquet de chewing-gum ouvert en 2007, une autre clé coudée et un stylo sans bouchon*. Ce carton restera peut-être à jamais dans un coin. Il y a toujours des restes de déménagement, des choses que l’on ne déballe pas, une sorte de worst-of, où l’on rassemble tout ce qui paraît utile mais qui n’a aucun intérêt.

Le salon ressemble désormais à un mont cartonné que le chat a plaisir à escalader, il reste le carton « du dernier jour » celui qui sera fait au dernier moment avec ce que l’on retrouve sous les meubles, sous le lit, derrière l’armoire, celui qui aura aussi les dernières victuailles du frigo, le chargeur du téléphone, la télécommande de la télé, son coussin, les vêtements du matin, sa brosse à dent, sa serviette et le bol d’eau du chat. Chat qui sera dans sa cage à attendre l’ultime voyage et qui, entre deux miaulements, se demande pourquoi son espace vital est réduit à 0.01 mètres cubes.

 

Je l’ai pas payé cher mais il tient bien ce meuble !

Mais avec les cartons s’accompagnent aussi les vingtaines de planches qui constituent la demi-douzaine de meubles Confo/Ikea/Parents/Récup que vous avez soigneusement démontée avec la fameuse clé coudée. Les vis s’entassent, les planches se séparent et vous démontez ce meuble avec une rapidité déconcertante. Plus vous le dépecez, plus vous redoutez la reconstitution. Finalement, votre appartement se découpe comme suit : une partie cartons, une partie bois, une partie électroménager.

Oui, il y a toujours le gros oeuvre : la machine à laver, le four, la télé, le frigo… des choses lourdes, très utiles et chères. Et le matelas. Ce foutu matelas qui tombera par terre dans les escaliers, qui se pliera en accordéon mais qui fera moins de dégâts que ce meuble que vous n’avez pas voulu démonter et qui cognera dans les escaliers quand votre ami vous dira « baisse un peu » ou « vas-y tourne ».

Ce sont des choses qui prendront de la place et surtout du temps à faire entrer et sortir du camion. Souvent ce sont les premières choses que l’on met dans le camion, les forces étant encore bien vives le matin. Par contre, ce sont les dernières choses à être sorties du camion, quand les forces sont déjà bien loin.

 

Où tu as pu ranger tout ça ? Tu en as acheté des conneries !

Le jour du départ est arrivé, un ou deux amis n’ont pas donné de nouvelles à l’appel à l’aide lancé deux semaines avant sur Facebook et par texto, vous vous retrouvez à 5 ou 6 et votre camion de 20 mètres cubes avec votre vie dedans.

Tout ce qui était rangé dans un 30 mètres carrés tient juste dans votre camion. Tout était si bien rangé chez vous que vous vous demandez comment ça peut prendre autant de places dans des cartons. Votre vie s’accumule à l’arrière de ce camion et un peu dans la voiture des potes. Votre chez vous qui se trouve à une demi heure en voiture (quand ça roule bien) est en fait dans ce camion. Votre histoire, vos choix, vos goûts sont là, entassés, rangés, bazardés, dévissés. Vous pouvez mettre ça dans n’importe quel endroit, ce sera chez vous.

 

Oh tu seras bien quand même ici !

Arrivé dans votre nouvel appartement, après avoir fait visiter rapidement, vous lancez la phrase « allez c’est parti ». Avec un peu de chance, vous n’avez fait qu’un aller-retour, avec un peu de chance, vous aurez fini avant que la pluie tombe ou que le soleil disparaisse… et avec un peu de chance, vous pourrez dormir sur votre lit ce soir.

Dans la liste des premières choses déballées, il y a le couteau pour découper les sandwichs du midi ou les pizzas achetées en quantités, le Sopalin et les verres en plastique. Autour d’un déjeuner bien mérité, vous remerciez tout le monde d’être venus et promettez une crémaillère d’ici quelques semaines… ou mois.

Il est  17 heures, vous êtes au milieu de vos cartons. Avec un peu de chance, vous êtes avec votre moitié. Vous vous regardez et vous vous dites « on va être bien ici », phrase qu’a dit votre mère même si elle s’imaginera toujours que la meilleure place pour son fils est dans la chambre du haut, où votre lit est encore là avec des draps propres.

 

Ils habitent à Paris des apparts sans espace, alors qu’ici.. y’a trop de place.
– Benabar – 4 murs et un toit