Critique du nouveau roman d’Amélie Nothomb, Barbe bleue paru chez Albin Michel pour la Rentrée littéraire 2012 !

Pour une belge, Amélie a une vision vraiment très parisienne de la banlieue ! C’est la première chose qui m’a amusée dans le roman : on voit qu’elle a passé suffisamment d’années dans le coin pour avoir appris à rejeter la banlieue, et à ne jurer que par Paris…

« Rejeter » est le bon mot : son héroïne, Saturnine, fraîchement débarquée de Belgique, ne supportera pas longtemps d’être hébergée par une amie à Marne-la-Vallée. C’est pour éviter de trop longtemps fréquenter le RER A qu’elle se lance dans la recherche d’un appartement parisien. Une colocation, évidemment, car seule, elle ne peut pas prétendre à autre chose qu’à un taudis.

Elle répond alors à une annonce pour une chambre dans un sublime appartement du 7ème arrondissement. Trop beau pour être vrai ! Ou plutôt, trop beau pour être honnête… Son premier entretien avec le propriétaire se passe très bien, puisqu’elle est d’entrée sélectionnée. Encore une fois, trop louche pour être réel, mais elle accepte. Elle n’a pas trop le choix, sinon c’est retour direct à la case Marne-la-Vallée, et ça, pour la jeune belge, c’est juste pas possible. Une seule condition pour le bon déroulement de la colocation : ne jamais aller voir ce qui se trouve dans la chambre noire de l’appartement. Chambre soi-disant utilisée pour développer des photos. Mais une rumeur court sur le compte du propriétaire : plusieurs filles auraient mystérieusement disparu alors qu’elles vivaient chez lui…

Saturnine emménage donc. Même pas peur…

Le propriétaire, Don Elemirio Nibal y Milcar, espagnol, très classe, un peu bizarre mais sympa, l’invitera chaque soir à dîner avec lui, lui servant les meilleurs champagnes et les mets les plus délicieux. Un enchaînement de saveurs et de couleurs, autour duquel les deux personnages ne vont cesser de discuter.

« La colocataire est la femme idéale », dit la quatrième de couverture. On garde en tête cette petite phrase tout au long du roman, où l’on sent bien que Saturnine va finir par craquer. Elle résiste, pourtant, mais lui se bagarre correctement, et on découvre chapitre après chapitre l’évolution de la relation de ces deux-là, et on se demande pour de vrai où Amélie veut nous emmener…

La première chose qui m’a plu dans ce roman est le retour du dialogue presque omniprésent. Il y a longtemps qu’elle ne nous avait pas livré un roman du style. Très peu de descriptions, juste pour situer l’action, puis les dialogues entre Saturnine et Don Elemirio prennent immédiatement toute la place. La structure du roman rappelle celle d’Hygiène de l’assassin. Pas le même mordant ni la même intensité, certes, mais la joute verbale est toujours aussi savoureuse, car Amélie la maîtrise toujours aussi bien. On regrette du coup qu’elle ne soit pas allée plus loin. Les 170 pages sont suffisantes, mais on reste parfois sur sa faim. La joute s’arrête un peu vite, en fin de certains chapitres.

Au sujet des personnages, c’est sans doute personnel, mais j’ai totalement prêté le visage d’Amélie à Saturnine. Elle reste en description très en surface de cette héroïne, tout en y mettant beaucoup d’elle-même. On l’imagine très bien déclamer ses répliques… Il est aussi très probable qu’elle puisse interagir autant avec un homme adorateur d’art et de gastronomie…

Quant à la ressemblance frappante avec Hygiène de l’assassin (longs dialogues, joute verbale entre un homme, qu’on découvre mystérieux, puis percé à jour au fur et à mesure, une femme censée rester à l’écart et insensible, qui finit par s’investir plus que de raison…), on va délicatement oublier qu’il s’agit des 20 ans de sa publication, et ne pas faire référence à un éventuel coup marketing… 😉 Et même si c’était le cas, peu importe, ça marche et c’est toujours aussi bon !

Editions Albin Michel