Pastiche multi-récompensé de Rue Sésame, Avenue Q débarque en France, adapté par Bruno Gaccio (Les Guignols). Spectacle musical mêlant marionnettes et humains, Avenue Q c’est une heure et demie de vision amère de la vie, de la société, de l’avenir mais surtout c’est une heure et demie de bonne humeur et de franche rigolade.


Bobino est un petit théâtre qui a vu des centaines de comiques passer. Cette fois, il accueille ce spectacle récompensé par des Tony Awards (Oscars pour les spectacles).

Datant des années 2000, Avenue Q est pourtant ancrée dans une réalité très années 90 puisque l’on voit des logos AOL dans la vidéo introductive, que les habits et la mentalité semblent issus de cette époque où le millénaire s’approchait à grands pas avec son lot de désillusions et de rêveries perdues.

Princeton est une jeune diplômé qui entre dans la vie active et il emménage dans l’Avenue Q car l’avenue A est trop cher, l’avenue B très cher… (dixit le texte). Il rencontre alors des personnes comme lui dont Kate Monster, Rod, Brian ou encore WIlly de la série Arnold et Willy ! D’ailleurs à l’origine, le personnage était Gary Coleman (Arnold !) mais suite à son décès il y a deux ans, la pièce a été modifiée. En France, Gaccio a préféré s’orienter vers Willy, idée géniale.

Une galerie de personnages hauts en couleurs qui ont tous quelques choses à dire que ce soit sur l’homosexualité, sur la vie et son but, la pauvreté, le racisme et aussi sur le sexe dans une scène très drôle d’ailleurs… Rien n’est épargné et si on peut trouver l’humour facile, déjà vu, il y a une fraîcheur indéniable qui s’en dégage . On rit de bon coeur dans ces envolées musicales qui ouvrent certes des portes ouvertes mais qui pointent des sujets et des points de vue qui sont souvent mis sous silence dans la société moderne.

L’interlude vidéo « Qu’est-ce qu’un but » est vraiment drôle, simple et terriblement poétique. Les choses simples sont souvent les plus belles à exposer et Avenue Q arrive même à être poignant dans sa conclusion qu’on pourrait penser facile. Les personnages les plus farfelues sont les « amis pourris  » (Bad Idea Bears en VO) qu’on a tous dans nos vies… des amis qui ne pensent qu’à leur plaisir et qui se gargarisent de leurs idées et n’écoutent personne.

Avenue Q est portée par des comédiens talentueux à l’image de la magnifique Shirel (fille de Jeane Manson) qui alterne deux voix (Kate Monster et Lucy la Salope) et qui chante puissamment. Petit bémol sur l’acoustique qui est souvent moyen quand certains chantent ou parlent à l’image de Tatami qui force l’accent asiatique un poil trop.

Le spectacle est à voir pour passer un bon moment et sourire sur des sujets qui ne s’y prêtent plus vraiment de nos jours. Une bouffée d’air frais en quelque sorte ! On en a bien besoin.