Diffusée en France sur M6 en troisième partie voire quatrième partie de soirée, Californication ne mérite pas tant que ça son image de série trash. Elle ose oui mais toujours avec humour et second degré.
On a beaucoup parlé de la série pour deux raisons : le sexe et Duchovny.
Oui, le sexe est présent mais beaucoup moins maintenant, il est même, à l’instar de Journal Intime d’une Call-Girl, propice à des scènes plutôt comiques. Oui, Duchovny arrive à faire oublier son rôle dans X-Files et domine la série de son charisme.

Mais en fait, Californication est surtout l’histoire d’un homme perdu qui a bien du mal à chasser ses démons.

Les deux premières saisons sont à voir absolument, les personnages et l’ambiance sont assez subtils par-delà les apparences. La saison 1 achève les critiques avec un épisode sur le père de Hank d’une rare justesse quand un épisode de la saison 2 raconte la « jeunesse » du couple Hank/ Karen. La série mûrit d’épisodes en épisodes et s’éloigne de la simple série trash et gratuite.

Il est évident que la série n’allait pas révolutionner le genre et c’est d’ailleurs ce qu’on peut lui reprocher : un manque d’audace. Etrange quand on parle d’une série un peu trash mais en fait Californication ne parvient pas vraiment à passionner et raconter des histoires très prenantes. La série ne raconte rien sauf  l’errance de personnages mais on ne s’ennuie jamais ! C’est ça la magie Californication. Chaque épisode part d’un principe simple : une engueulade, un évènement, ou même une discussion va faire réfléchir Hank.

Si les deux premières saisons racontaient, à peu de choses près, une histoire bouclée, celle d’un père et d’un mari à la recherche d’une rédemption, la saison 3 reprend les ingrédients porteurs de la série et injecte une bonne demi-douzaine de seconds rôles qui, cette saison, sont assez ratés. Les femmes que Hank croise ne sont pas très sexys, les amis de passage sont assez pâles à côté du délirant Lou Ashby de la saison précédente.

Cette saison 3 est donc bancale, même dans le fil rouge, l’éternel combat de Hank et Karen pour retrouver une vie paisible, seul(e) ou à deux. C’est d’ailleurs là que la série tend à se répéter même si Karen quitte Los Angeles pour New York et est donc moins présente. Hank peine à exister au delà du spectre de cette histoire tragique. Hank est ruiné par ses excès, mais il ne tombe jamais dans la déchéance, la série raconte une longue rédemption ou une longue descente aux enfers, on ne sait jamais. Le personnage arrive à être attachant malgré le fait qu’il soit une enflure. Les démons du passé ne tardent pas à ressurgir : une raison de plus pour cet éternel noceur de passer de longues nuits d’ivresse et de débauche; l’occasion également pour le spectateur de percevoir plus précisément la psychologie et les motivations de chaque personnage. Un Hank Moody toujours aussi décadent Devenu professeur, Hank Moody est plus intenable que jamais mais on regrette que cet aspect là soit totalement occulté. « Professeur Moody » n’est que rarement à la fac et n’abuse pas vraiment de sa position dominante.

La saison 4 qui s’est achevée il y a quelques mois offre un visage plus amer de la série. Karen sait désormais toute l’histoire avec Mia et les 12 histoires qui suivront seront l’occasion de suivre le procès de Hank et sa tentative de rédemption alors qu’il accumule toujours les faux pas. Cette saison est meilleure que la précédente grâce à Carla Gugino en avocate sexy et à Charly qui multiplie les conneries. Du grand art que cette salve d’épisodes qui forme un tout et qui se termine en apothéose avec une mise en abîme de la série d’une rare beauté. La série peut même s’arrêter là tellement elle a tout donné. D’ailleurs la saison 5 se déroulera quelques années dans le futur, histoire de redonner un peu de fraîcheur à l’histoire d’Hank qui tournait autour de Karen avec un peu trop d’insistance. Il est temps de montrer d’autres facettes du personnage.

Il faut noter l’incroyable reconversion de David Duchovny, totalement à mille lieux de son rôle de Fox Mulder dans la culte X-Files. Il a su donner à son personnage la dimension qu’il fallait, non sans un arrière-goût de pied de nez aux rumeurs d’addition au sexe qui le poursuivent encore.

On oublie vite Mulder et on redécouvre le talent comique de Duchovny qui n’a jamais vraiment pu exprimer ce côté-là malgré des épisodes excellents de X-Files ou même avec Evolution (2001). On sent une frustration de l’acteur et il n’hésite pas à en faire des tonnes quand il peut être en roue libre. Dommage qu’on le découvre si tard dans ce type de rôle.

Californication est une série agréable, fluide et suffisamment bien écrite pour ne pas la détester foncièrement.