Simon WernerFilm de Fabrice Gobert (la série C com-ç@) avec une belle paire de têtes à claque.

L’histoire est simple : Simon Werner a disparu… mais pas que lui, et on s’en inquiète pas plus que ça, enfin on essaye… mais pas plus que ça.

Simon Werner… n’est ni tout à fait un polar, ni tout à fait un thriller, ni tout à fait une comédie, ni …. en fait ce film est inclassable. On nous l’a vendu comme un suspens mystèrieux mais il n’en est rien. La faute à un script faiblard pourtant servi par une réalisation inspirée.

Un élève disparaît sans qu’on sache pourquoi et ces camarades ne semblent pas plus s’inquiéter de la situation, enchaînant blagues à la con à la cantine.

Le réalisateur choisit de nous raconter 4 portraits de 4 personnages clés de l’intrigue. Nous avons donc Jérémie, Alice, Rabier et Simon. Les scènes s’entrecroisent joliment, le faux rythme est là et le fil rouge n’est pas développé mais plutôt doucement évoqué. Et c’est là que les défauts du film surgissent. Rien dans le scénario ne rend le titre et le fil rouge concrets. La tension n’est pas palpable et les 4 parties du film sont totalement vaines. La psychologie des personnages est certes travaillées mais ne répond en rien à l’intrigue du film, n’apporte aucun climax, aucune indication sur le déroulement de l’histoire. Jérémie a des béquilles, Alice est la plus belle fille du lycée, Rabier est un neuneu et Simon… a disparu. Ce sont des portraits proprement exécutés mais vainement exposés. D’autres personnes disparaissent, comme pour relancer une intrigue qui manque de substance. Surtout, quand on découvre que les personnages disparus ne le sont que pour des raisons scénaristiquement pauvres, le fil rouge s’en trouve appauvri. Le mystère plane pourtant encore sur le film. On veut savoir le fin mot de cette histoire. Et hélas, quand le portrait de Simon arrive, assez court, la révélation est décevante : tout ça pour ça. Une sombre histoire qui finit mal.

Ce qui a nourri l’intrigue est la propension à propager rumeurs et désinformations autour d’un fait divers quelque peu malheureux. Le film se passe en 1992 et permet de rendre l’intrigue plus opaque avec l’absence de téléphones portables et d’Internet. La communication semble réduite au strict minimum : la récréation, les cours, les fêtes. La thématique a été voulue par Fabrice Gobert qui veut que,  je cite, »(ces) personnages (aient) très envie qu’il leur arrive quelque chose. Ils sont prêts à tout pour cela, même à imaginer qu’il y a un serial killer. Ils préfèrent avoir peur de quelque chose que d’angoisser qu’il ne leur arrive rien. » Le film a le cul entre deux chaises car on ressent cet ennui dans leurs vies mais clairement rien ne semble justifier cet ennui.
Car ils n’ont pas d’iPhone, me souffle t-on dans l’oreille….

Les portraits croisés n’ont apporté que caractérisation mais nullement approfondissement. Tout est dessiné mais nullement souligné. Le film frôle parfois l’ennui mais parvient tout de même à raccrocher le spectateur par des dialogues, des scènes ou des personnages plus inspirés que d’autres. D’ailleurs, le casting est assez fade malgré la présence de Ana Girardot, très jolie rousse, qui sort du lot et un certain Jules Pélissier, sosie officieux de Robert Pattinson et candidat à Nouvelle Star 2008. Au moins, le casting semble proche de ce que l’on a connu dans les lycées à cette période. Les dialogues ne volent pas très hauts quand il  s’agit de causer entre mecs (ça parle cul, prof, moquerie) mais retranscrit ce qu’il y avait à cette époque : rien d’extraordinaire !
Pour un premier film, Gobert s’en sort quand même plutôt pas mal car le film ne ressemble à aucun autre (français du moins). La narration en plusieurs parties et un rythme faussement lent parviennent à insuffler assez d’intérêt au film. Après une nomination au César du premier film, Gobert a disparu lui aussi…