Kaboom est la dernière hallucination cinématographique de Gregg Araki, un de ces réalisateurs élevés au rang de demi-dieux par des cinéphiles en manque de sensations. Enfin c’est ce que je crois ! Je n’ai pas vu ses films à part ce fameux Kaboom, disponible depuis cette semaine en DVD et blu-ray, mais ce film a tout pour plaire et déplaire.

L’histoire est pour ainsi dire simple : un jeune, Smith, se définit comme un « non-déclaré » sexuel. Son colocataire, Thor, un grand blond hétéro, le fait fantasmer. Son amie Stella, lesbienne assumée, est sa bonne conscience. Smith a un rêve récurrent dans lequel il voit deux filles qu’il va bientôt croiser dans la réalité. Il rencontre London, petite blonde délurée qui va lui ouvrir l’esprit.

Raconté comme ça, le film a tout l’air d’être un teen movie un peu déjà-vu. Mais là où ça se complique c’est que Gregg Araki est derrière la caméra. Attendez-vous donc à un film un peu plus barré.
Et je m’attendais à mieux. C’est totalement barré certes, mais ça sonne creux. Faire du bon gros délire est un art en soi mais encore faut-il que ce bordel ait une quelconque résonance dans l’esprit du spectateur. Ici, le second degré est totalement absent, ce qui plombe pour beaucoup l’ambiance du film car au gré des scènes plus ou moins décalées, le film perd de sa force.
Finalement, le fil rouge du film se dessine peu à peu et se révèle inintéressant : une fille a disparu.
C’est seulement au détour d’une scène vers la fin du film que l’histoire prend presque du sens. Une ambiance de fin du monde règne vraiment quand Oliver et Le Messie racontent toute l’histoire derrière leurs mésaventures : le père de Smith n’est pas mort, il est chef d’une secte, le Nouvel Ordre et va faire péter la planète. London est la demi-soeur de Smith. Smith, lui, est l’élu. Seulement voilà, on n’y croit déjà plus.
Vous le voyez, ça part totalement dans une direction différente. IMDB a raison quand il résume le film en commençant par « a sci-fi story… » car pris comme ça, on pouvait excuser les dérives du scénario.

Du côté réalisation, Araki frôle la mauvaise note au niveau des deux seules scènes rythmées (l’attaque de Lorelei et la poursuite en voiture). Même l’image de fin a été volontairement bâclée et rendue ridicule, c’est la seule scène où le second degré pointe son nez.
Le reste est très contrasté avec des couleurs vives et des noirs profonds, cependant aucun éclair de génie ne vient ponctuer le métrage. Là où Cashback ou Les Lois de l’attraction prenaient du sens avec des trouvailles de mise en scène, Kaboom n’a aucune fulgurance.

En somme, ça n’a ni queue (oh, un petit peu quand-même), ni tête et comme du Richard Kelly, on oublie ce côté sans intérêt et on tire le film vers des sommets incompréhensibles. Le peu d’humour et le ton complexé rendent le film hermétique à ceux qui n’y croyaient déjà pas beaucoup. On se croirait presque devant l’enfant illégitime de Les Lois de l’attraction et de Eh Mec, elle est où ma caisse, tellement le côté fin du monde, arrivée d’éléments surnaturels, amène le film vers un délirium certain mais sans second degré, hélas. Le cast est très sympathique, la jolie française Roxane Mesquida,  Thomas « on connaît sa tête, mais il a joué dans quoi ? » Dekker ou encore la pétillante Juno Temple sont la principale attraction de cet ovni aux critiques unanimes (« chef d’oeuvre » et j’en passe)

Regardez-le si vous avez aimé les autres films d’Araki. Et inversement.