Dix ans que The Big Bang Theory rassemble à la télévision. Dix années qui se voient sur les traits des acteurs, qui ont donné une partie de leur vie à ce show, et qui vont continuer pour encore deux saisons supplémentaires. L’heure de faire un bilan-anniversaire.

La série : The Big Bang Theory

Le parcours : diffusée depuis le 24 septembre 2007 sur CBS. Dix saisons, 231 épisodes de 20mn. Toujours en production pour encore deux saisons, qui pourraient bien être les dernières. Un spin-off, Young Sheldon, est prévu pour cet automne, toujours sur CBS.

Résumé : The Big Bang Theory n’est pas une série scientifique, comme son nom pourrait l’indiquer. Non, c’est une sitcom relativement classique, mettant en scène les personnages de Sheldon, Leonard, Howard, Raj, inséparables amis et collègues de travail, tous étant scientifiques. Une jeune femme, Penny, fait irruption dans leur vie en devenant la voisine de Sheldon et Leonard, et bouleverse leur geekness naïve et fantaisiste par une attitude plus pragmatique, quelque peu cynique, et surtout homo-centrée, de la vie.

Background : série vue en entier

Amenez-moi le pilote : The Big Bang Theory a réussi un mini-tour de force, consistant à s’annoncer avec un nom de documentaire scientifique mais à tout de même attirer les spectateurs en nombre (on a pu compter jusqu’à 20M de spectateurs durant la série). La raison ? « Geekiser » la science, faire de ses figures de proue des nerds attachants, chacun avec leurs caractéristiques bien particulières, ultra-vulgarisant la science au point qu’on finit par la comprendre tout en développant une empathie pour les personnages. Et surtout, faire de la science, plaque tournante chez ces génies, un prétexte pour expliquer leur asociabilité et broder, dès lors, sur la découverte de la vie hors de leur laboratoire interne (eux) et externes (à la fac de Caltech). Et cela, c’est encore le meilleur moyen de toucher ces jeunes qui parfois se sentent aussi mal dans leur peau, bourrés de potentiel mais n’arrivant pas à l’exprimer, avec des passions très spécialistes (ici ce serait la pop culture) et qui ne sont donc pas la norme, et consiste donc à les marginaliser.

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C’est bien ce que raconte ce pilote : la collision entre deux mondes totalement différents. D’un côté, Penny, la jeune fille blonde un peu écervelée (cliché oui, mais toujours traité sur le mode de la dérision, du décalage par rapport aux génies, et totalement assumé par le personnage), dont la beauté lui attire beaucoup de garçons mais aussi quelques problèmes doublés d’une instabilité affective et émotionnelle. C’est le prototype de la « girl next door » (après dix saisons, on ne connaît d’ailleurs toujours pas son nom de jeune fille), la voisine qui pourrait être n’importe qui, l’incarnation de la minette venue se faire un nom (Penny est serveuse et veut devenir actrice) dans cette Californie, au-delà de son atout charme. De l’autre, on a Leonard, le geek à lunettes un peu rond, un peu mal dans sa peau, avec un relationnel à la vie assez compliqué (ses mimiques rappellent celles d’un enfant) ; et de l’autre, Sheldon, tête de gondole de la série, semi-Asperger (au moins), lui aussi incroyablement intelligent (il a deux doctorats) mais totalement à la rue en ce qui concerne les relations et donc toujours les pieds dans le plat par son décalage avec la réalité. A cela, nous sont présentés Raj, l’Indien, fils de riche pourri-gâté, bien sapé, mais incapable de parler aux filles sans avoir bu de l’alcool ; et Howard, le Juif, aux goûts aussi personnels que ses boucles de ceinture, qui se la joue « ladies man« , mais qui finit toujours par se couvrir de ridicule. Et tous les 4 vivent dans un monde de SF, fantasy, pop culture, que la série n’hésite pas à exploiter grassement au travers de références plus ou moins subtilement montrées (en témoignent les affaires de toilette Dark Vador de Leonard). En somme, un monde réconfortant mais dans une bulle, pas forcément au fait des réalités ; et un monde au fait des réalités, mais où le personnel est englouti par le pragmatisme.

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Et ces deux mondes se rencontrent alors que Penny, qui fait un effet de jamais-vu à Leonard, demande à Leonard et Sheldon d’aller récupérer une télévision chez son ex-copain bodybuilder, qui se fait un plaisir de racketter et humilier les deux comparses. Eux qui quelques heures plus tôt ont renoncé à donner à la banque de sperme pour partager leur QI élevé, officiellement car pris de remords, officieusement… enfin on vous laisse deviner. Le choc est donc brutal, et avec l’invitation de Penny à dîner (le début d’une longue série de repas), s’ouvre la période, pour Leonard, Raj, Sheldon et Howard, d’apprentissage de la vie, la vraie, ses compromis, ses avantages, ses galères. The Big Bang Theory est donc autant comique qu’initiatique, didactique : elle s’emploie à exploiter en permanence l’art du décalage pour montrer l’absurdité mais aussi les réalités des situations sociales. Et, dès lors, tâche de réunir deux extrêmes opposés, tirant son comique (et son succès) du perpétuel comique de situation engendré. La théorie du Big Bang, ce serait donc le résultat de la confrontation entre ces deux extrêmes a priori pas voués à se rencontrer (la bulle des garçons est plutôt secrète, et Penny n’est pas du genre à traîner avec ce genre de personnes) mais que l’univers a jugé bon de réunir, et donc à créer quelque chose de totalement nouveau pour eux et pour elle. Le plus grand exemple est bien sûr Leonard, qui est le moins excentrique de sa bande de quatre, vivant moins dans un monde fantastique et étant moins asocial, et tâchant, par ses rudiments de sociabilité, autant d’attirer Penny que de trouver l’occasion de s’enhardir après une vie qui lui a toujours donné le rôle du gentil binoclard toujours martyrisé. Et la série d’explorer, dix saisons durant, les névroses de chacun des personnages (notamment avec leurs mères), l’évolution de celles-ci (notamment du point de vue amoureux), leur apprentissage de certaines conventions (à grand renfort d’humour), leurs incursions en terrains inconnus (notamment quand Penny tente d’apprendre la physique pour mieux communiquer avec Leonard)… Autant de choses aussi drôles que touchantes, et qui nous attache à ces personnages qu’on a vu grandir pendant dix ans, autant comme personnages que comme acteurs, suivant au plus près leur croissance dans un monde lui aussi en perpétuelle mutation. Si la série a fait les montagnes russes et semble tourner en rond ces dernières saisons en termes de narration et d’humour, elle n’en reste pas moins un plaisir certain par sa capacité de chaleur et d’accueil dans un monde à l’américaine qui ne perd jamais d’un certain idéalisme.

The Big Bang Theory revient cet automne pour une saison 11, et le spin-off Young Sheldon également !